La "victoire" de De Croo, les vacances au ski sacrifiées, les propos de Bouchez qui ont agacé…: dans les coulisses de l'accord sur le nucléaire
Pour une fois, loin de la foire d'empoigne observée lors des Codeco version Covid, le gouvernement a fait bloc sur les points clés jugés "non négociables" par la Vivaldi.

- Publié le 09-01-2023 à 20h12
- Mis à jour le 10-01-2023 à 09h50
Tinne Van der Straeten (Groen), ministre de l'Énergie, et Alexander De Croo (Open VLD), Premier ministre, sont apparus épuisés mais soulagés ce lundi au sortir du kern qui a – enfin – validé l'accord entre l'État belge et Engie ouvrant la voie à la prolongation de deux réacteurs nucléaires.
Malgré un dépassement de délai (fixé au 31 décembre), la satisfaction est, pour une fois, relativement bien partagée au sein de la Vivaldi. Par le MR, d'une part, qui a été le premier parti de ce gouvernement à plaider avec verve pour le maintien partiel du nucléaire en Belgique. "C'est un bon accord car il préserve les intérêts stratégiques de la Belgique, mais ne brade pas nos intérêts financiers, pointe Georges-Louis Bouchez, président du MR. Il y a un an, on expliquait que j'étais fou, populiste, que jamais Engie n'accepterait la prolongation du nucléaire, que c'était techniquement impossible. Il y a une certaine satisfaction d'avoir redressé la situation. Certains devraient relire leurs déclarations d'il y a quelques mois…"
Les discours, certes, ont évolué. Mais ce sont toutefois bien Alexander De Croo et l'écologiste Tinne Van der Straeten qui, avec leurs chefs de cabinets, ont personnellement permis aux négociations d'aboutir, au terme de longues discussions avec Catherine MacGregor, CEO d'Engie.
"Tinne a travaillé jour et nuit"
"Ce qui s'est joué est assez énorme et on l'a bien fait, se félicite une source écologiste. Tinne a travaillé jour et nuit main dans la main avec De Croo. Elle n'a pas vu sa famille pendant deux semaines."
Le Premier ministre a quant à lui avoué au Zondag avoir dû y sacrifier la quasi-totalité de ses vacances de Noël au ski, laissant ses proches pour retourner négocier. "J'ai quelque chose à rattraper là-bas", a-t-il déclaré au journal à propos de sa famille.
Le respect inédit d'une forme de confidentialité
Soulignons ceci. Alors que durant la crise Covid, la surenchère politique a pullulé, la négociation pour la prolongation du nucléaire a été marquée, globalement, par le respect inédit d'une forme de confidentialité. Le gouvernement a fait bloc sur les points clés jugé "non négociables", tels que la volonté de commencer les travaux au plus vite et le principe du pollueur-payeur sur les déchets nucléaires. "Cela a permis à De Croo et Van der Straeten de ne jamais envoyer de messages ambivalents à Engie et de résoudre les points bloquants", assure une source gouvernementale. Si désaccord il y a eu, c'est entre le gouvernement fédéral et Engie qu'il s'est exprimé, rarement au sein de la Vivaldi. Le MR et le CD&V ont bien tenté d'obtenir un accord au forceps pour le 31 décembre. Mais tous ont fini par convenir que mieux valait un bon accord avec quelques jours de retard qu'un respect à tout prix de la deadline.
Georges-Louis Bouchez "tenu à l'écart ?"
Une source gouvernementale ose une explication au succès de cette confidentialité. "On a tenu Georges-Louis Bouchez le plus possible à l'écart des négociations, en l'informant le plus tard possible des avancées. Car dès qu'il sait quelque chose, ça sort immédiatement. Ce n'est pas possible de fonctionner comme ça quand on travaille avec une société cotée en Bourse. On l'a vu encore ce week-end (NdlR, lors des vœux du MR, Bouchez a assuré que l'accord interviendrait dans un délai de quelques heures). Ces propos ont rendu Engie France furieux."
L'entourage du Premier ministre dément avoir participé à une telle stratégie anti-Bouchez tandis que le président du MR assure quant à lui avoir d'emblée prévenu ses collègues qu'il s'exprimerait sur le dossier lors des vœux adressés à son parti.
Un poids lourd fédéral élargit la focale. "La stratégie ne se limitait pas à Bouchez. Une des grandes victoires du Premier ministre, c'est d'être parvenu à tenir l'ensemble des présidents de parti à l'écart pendant 8 jours. Ça concerne Georges-Louis Bouchez, mais aussi Jean-Marc Nollet ou Paul Magnette (NdlR, le président du PS avait menacé de "réquisitionner" la production nucléaire en cas d'impasse des négociations). Aucun ne s'est exprimé sur l'absence d'accord au 31 décembre. Pour une fois, sur un dossier, personne n'a créé d'interférence. Ça, c'est le mérite d'Alexander De Croo", pointe une source fédérale.