Réunion secrète entre présidents francophones : "Une erreur stratégique catastrophique pour Bruxelles"
Le secrétaire d'État à l'Urbanisme attend toujours la réponse d'Ahmed Laaouej à un message envoyé à ce sujet il y a quelques semaines. Sans les néerlandophones, il prévient qu'il "n'y aura pas de réforme" à Bruxelles. Cieltje Van Achter (N-VA), Bianca De Baets (CD&V) et le politologue Dave Sinardet ont également réagi.

- Publié le 23-01-2023 à 19h36
- Mis à jour le 23-01-2023 à 21h07

L'annonce de la tenue de réunions secrètes entre partis francophones pour contrer les ambitions flamandes de réforme de l'État n'a pas forcément fait plaisir aux partenaires de majorité néerlandophones du PS, d'Ecolo et de Défi, pas plus qu'au PTB, non conviés aux réunions.
Le PTB étonné par la logique "de front francophone contre flamand"
"Nous devons réfléchir à créer plus d'unité dans le pays et refederaliser certaines compétences comme la santé ou le climat. En ce sens, nous trouvons étonnant d'apprendre ces réunions "secrètes" dans une logique de front francophone contre flamand", réagit Giovanni Bordonaro, président du PTB Région Bruxelles-Capitale. "Le PTB est ouvert à des discussions, en toute transparence, avec tous les partis qui tendent à cette unité. Bruxelles est une Région bilingue, nous avons cet atout pour créer cette unité face au bloc séparatiste."
On ne peut pas communautariser ce débat
"Ahmed Laaouej (PS) avait déjà vu tous les partis politiques il y a un an et demi à notre demande, sur l'institutionnel. Il s'agissait de voir si tous les partis étaient d'accord de reconnaître Bruxelles en tant que région à part entière. Cette évolution va se faire mais il y a un défi budgétaire à relever et la rationalisation des structures", pointe quant à lui Pascal Smet (Vooruit), secrétaire d'État bruxellois à l'Urbanisme et membre du gouvernement Vervoort. "J'ai demandé qu'un nouveau tour ait lieu avec tous les partis sur la question, en incluant les partis néerlandophones. Depuis, on attend toujours… J'ai envoyé un message à Ahmed Laaouej il y a quelques semaines encore, en demandant où ça en était. Nous n'avons rien reçu en retour."
Les francophones, en effet, ont préféré dans un premier temps avancer entre eux. Pour Pascal Smet, il ne fait pas de doute que "les partis néerlandophones doivent être intégrés à ces discussions". "On ne peut pas communautariser ce débat. Ce serait une erreur stratégique catastrophique pour Bruxelles. Et un coup d'épée dans l'eau. Les francophones sont libres de parler entre eux, mais dès que les pourparlers deviennent sérieux, les néerlandophones doivent être impliqués. Sinon, il n'y aura pas de réforme, c'est simple. Je note en outre que, de plus en plus, la Flandre et la Wallonie essayent de régler les choses entre elles. C'est ça le vrai enjeu."
Pour Dave Sinardet, le front flamand "est un fantasme francophone"
Une analyse que partage en partie Dave Sinardet, politologue à la VUB. "Il est question dans ces réunions d'arriver à 'une ligne commune minimale entre partis bruxellois' mais on n'invite pas les sections flamandes des partis bruxellois. Pourtant, sur différents points, il serait probablement plus facile de trouver un consensus entre partis flamands et francophones à Bruxelles, si on n'inclut pas la N-VA, qu'entre ailes bruxelloises et wallonnes dans certains partis francophones. Ou même entre ailes bruxelloises et flamandes dans certains partis flamands."
Le positionnement francophone, dans la capitale, surprend le politologue. "On parle d'une 'stratégie flamande concertée de réforme de L'État'. Dans le passé déjà, c'était souvent plus un fantasme francophone qu'une réalité. Mais aujourd'hui, un tel 'front' existe moins que jamais. Les positions entre partis flamands étant plus divergentes que jamais, la tentative au Parlement flamand d'arriver à des positions communes n'a abouti à rien", observe Dave Sinardet. Il constate en outre que certains Flamands bruxellois "vont justement plus loin que les francophones" sur la question bruxelloise. "Ainsi, Sven Gatz (ministre bruxellois des finances, Open Vld) s'est exprimé en faveur de l'octroi de la compétence de l'enseignement à la Région bruxelloise. Groen y est favorable aussi dans la logique d'une Belgique à 4. Les Bruxellois francophones ne vont pas aussi loin", conclut le politologue. "En fait, en défendant l'existence de la communauté française plutôt qu'une Belgique à 4 sans communauté, le PS bruxellois est plus proche du CD&V, qui y tient lui aussi fortement, qu'à certains socialistes wallons qui ont défendu une Belgique à 4 régions. Les francophones bruxellois connaissent vraiment si mal leurs collègues flamands ?"
"Il est grand temps que les partis francophones réfléchissent à l'avenir de Bruxelles"
Depuis l'opposition, la N-VA ne s'insurge pas contre la démarche. "Il est grand temps que les partis francophones réfléchissent à l'avenir de Bruxelles. En soi, c'est donc une bonne chose qu'ils le fassent enfin", note Cieltje Van Achter, cheffe de file de la N-VA au Parlement bruxellois.
Elle se montre ensuite plus critique. "Il est quand même étrange de constater que leur démarche est motivée par une réaction contre les demandes flamandes, alors que les défis à Bruxelles sont gigantesques. Il serait plus utile pour ces partis de réfléchir à une stratégie globale pour rendre la gestion de Bruxelles plus efficace et plus responsable en 2024. Bruxelles mérite mieux que des contre-réactions et aurait tout à gagner de bénéficier enfin d'une vision proactive et efficace."
Bianca De Baets rappelle l'importance de "défendre les intérêts des néerlandophones de Bruxelles"
Quant à Bianca Debaets, cheffe de groupe CD&V au Parlement bruxellois, elle appelle à "laisser travailler dans la sérénité les deux ministres des Réformes institutionnelles et du Renouveau démocratique Annelies Verlinden (CD&V) et David Clarinval (MR) sur des propositions concrètes."
Les deux ministres fédéraux, en effet, sont chargés de préparer la prochaine réforme institutionnelle.
"Au niveau bruxellois, nous ne menons pas de réunions secrètes avec d'autres partis néerlandophones mais il va de soi que pour le CD&V, il sera toujours important de défendre les intérêts des néerlandophones de Bruxelles et la position de Bruxelles en tant que Région", conclut l'ancienne ministre bruxelloise.