"Va-t-on continuer à séparer les enfants selon leurs convictions ?": les directions de l'officiel rouvrent le débat sur la religion à l'école
Les écoles communales réclament l'extension à deux heures de philosophie et citoyenneté pour tout le monde, une question ouverte pendant cette législature mais complètement grippée.

- Publié le 18-01-2024 à 18h26

À l'approche des élections, les présentations de mémorendums se succèdent, renfermant au détour de leurs pages des questions qui pourraient bien s'animer pendant la campagne. L'extension d'une à deux heures obligatoires de philosophie et citoyenneté pourrait être de celles-là en matière d'éducation.
Dans l'enseignement officiel, en tout cas, on ne lâche pas l'affaire. Dernier exemple en date : cette revendication est l'une des six priorités exprimées dans le mémorandum de l'Udec (l'Union des directions de l'enseignement communal qui représente les directions de l'enseignement fondamental officiel subventionné).
Organisation, éthique, pédagogie et finances
Le dossier est en rade. La situation de base est la suivante : dans les écoles primaires et secondaires officielles, une des deux heures hebdomadaires de cours dits "philosophiques" est consacrée à la philosophie et citoyenneté (CPC). Pour l'autre, les élèves ont le choix entre une deuxième heure de CPC ou une heure de l'une des cinq religions reconnues (catholique, islamique, israélite, orthodoxe ou protestante).
"Au-delà des considérations organisationnelles, est-il encore souhaitable, sur le plan éthique, que des enfants d'une même classe soient séparés dès l'âge de six ans sur base des convictions philosophiques de leurs parents, interroge l'Udec. Et sur le plan pédagogique, est-il acceptable, dans un enseignement qui vise l'excellence, que des enfants soient extraits de leur classe pour suivre un cours de morale ou de religion ? Sur le plan financier enfin, la multiplicité de ces cours optionnels génère une dépense colossale devenue parfaitement imbuvable au regard des besoins humains sur le terrain." L'organisation, l'éthique, la pédagogie et les finances : ces quatre arguments de poids reviennent chez tous les défenseurs du changement. De leur côté, les enseignants en charge insistent régulièrement sur l'impossibilité d'aller au fond des sujets évoqués en une seule heure par semaine.
Quid de la religion, de la morale, et des profs ?
Mais les choses sont moins simples qu'il y paraît. Si le cours de philo et citoyenneté occupe les deux heures hebdomadaires, où atterriront les cours de religion et de morale qui constituent un droit dans la loi ? Que deviendront les actuels enseignants chargés de ces matières ? En outre, n'est-il pas risqué de reléguer les questions religieuses dans la sphère privée voire sur Internet ?
Où en est-on de cette deuxième heure à choix multiples, aujourd'hui ? D'après les chiffres détaillés en octobre dernier par la ministre de tutelle, Caroline Désir (PS), le CPC constitue la 4e option philosophique la plus fréquentée dans les écoles primaires officielles, avec 20,5 % des élèves. C'est le 3e choix dans le secondaire, avec 21 % d'inscrits. On note toutefois une nette différence entre la Wallonie et Bruxelles où le CPC reste davantage en retrait.
Officiellement, le doublement horaire était annoncé. Mais le débat s'est embourbé. "On n'y arrivera pas sous cette législature", a précisé la ministre Désir à la dernière rentrée. Raison pour laquelle les directions de l'enseignement fondamental communal retapent sur le clou. On notera que les fédérations de pouvoirs organisateurs de l'officiel ainsi que WBE sont du même avis.