Chouette, on parle "emploi". Flûte, on en parle mal…
Un billet de François Mathieu.

- Publié le 06-03-2024 à 17h39
- Mis à jour le 06-03-2024 à 18h46

L'emploi. C'est la clé de beaucoup de nos maux en Belgique, parmi lesquels un taux d'activité trop faible, une population vieillissante, un système de pensions onéreux et sous tension,… La liste n'est pas exhaustive. On se réjouira donc que tour à tour, PS et Open VLD, en cette phase de pré-campagne électorale, reprennent à leur compte la thématique de l'emploi, si chère aux yeux de la Vivaldi, et pourtant presque reléguée aux oubliettes durant la législature. Le PS est revenu avec son idée de quatre jours de travail par semaine. L'Open VLD, aux antipodes sur le plan idéologique, a mis sur la table l'idée de permettre aux employés de travailler jusqu'à 48 heures par semaine, grâce à des heures supplémentaires avantageuses, rapporte Het Nieuwsblad ce mercredi. Vincent Van Quickenborne a ainsi concocté un texte de loi qui mettrait fin à la limite des 100 heures supplémentaires volontaires par an. On se réjouira par contre beaucoup moins du bien-fondé de ces propositions.
La semaine de quatre jours – "avec baisse du temps de travail, hausse du salaire et embauches compensatoires", promet le parti socialiste – semble être une proposition utopique vu le contexte actuel de nos finances publiques et la perte actuelle de compétitivité de nombreuses entreprises belges. Électoralement porteuse, soucieuse de contenter une partie des travailleurs, cette proposition semble difficilement viable sur le plan financier pour la très grande majorité des entreprises. Et on ne parle pas des conséquences pour les finances de l'État. D'ailleurs, le PS lui-même n'en a pas fait trop état, si ce n'est par le biais de la hausse des salaires, qui a effectivement des effets retour sur l'activité économique (et les recettes fiscales). Mais trop flou et certainement trop faible pour penser que cela ne va rien coûter….
Quant à la proposition des libéraux flamands, elle est en droite ligne de leurs préoccupations depuis des lustres, à savoir "flexibiliser" le marché du travail. Enfin, une certaine forme de flexibilité. Il ne s'agit pas ici de mieux concilier vie privée et vie professionnelle, ou de rendre plus souple le marché du travail (faciliter autant les embauches que les licenciements). Non, ici, il s'agit "juste" d'autoriser plus d'heures supplémentaires hors cotisations. Des mesures ont déjà été prises en ce sens sous cette législature. L'Open VLD, déjà en pointe sur les flexi-jobs, veut donc aller plus loin, oubliant au passage que l'un des problèmes les plus importants du marché du travail est de combler les postes vacants, pas d'alourdir la charge de ceux qui travaillent. Pousser davantage les heures supp' n'amènera pas la Belgique à voir son taux d'emploi – ou plutôt son taux d'activité – grimper dans des proportions suffisamment importantes pour pérenniser son modèle socio-économique. Ni même à diminuer la cohorte de malades de longue durée, deux fois et demi plus importante que celle des chômeurs. Bref, PS et Open VLD passent à côté des enjeux principaux du marché de l'emploi, qui sont le coût du travail, l'activation sur le marché du travail, les pénuries, la formation et l'accompagnement des travailleurs en fin de carrière. Mais bon, réjouissons-nous : on parle "emploi".