Comment la N-VA a tourné le dos à ses sympathies pro-palestiniennes
Ce mercredi, le gouvernement fédéral doit discuter de mesures à prendre contre Israël pour tenter de le forcer à un cessez-le-feu à Gaza. Mais les oppositions restent très tranchées sur une éventuelle reconnaissance de l'État palestinien.

- Publié le 26-08-2025 à 20h25

Rentrée bousculée pour le Premier ministre belge Bart De Wever. Poussé par trois des cinq partis de la majorité qu'il dirige − Vooruit, CD & V et Engagés – il a inscrit la question d'éventuelles sanctions à l'encontre d'Israël et d'une possible reconnaissance de l'État palestinien au menu du kern de ce mercredi matin. La cohésion gouvernementale est sous pression. Ce lundi, le ministre des Affaires étrangères Maxime Prévot (Les Engagés) a estimé que sans "un ton plus ferme au sein du gouvernement concernant les violations des droits humains commises par le gouvernement israélien" ou que "si aucune mesure n'est prise en faveur de la reconnaissance de la Palestine", une crise majeure surviendrait au sein de la majorité.
D'abord des sanctions
La réunion ne devrait cependant pas être décisive. Il semble peu probable que la majorité trouve un compromis sur une éventuelle reconnaissance de l'État palestinien. La question est ultrasensible et le temps sera compté. Les principaux ministres du gouvernement dresseront d'abord une liste de sanctions qui pourraient être prises à brèves échéances pour faire pression sur Israël. Un arrêté royal a déjà été rédigé pour interdire l'utilisation de l'espace aérien national, pour le transport d'armes et de matériel militaire depuis la Belgique vers Israël. À la confirmation de ce dispositif dont la légalité est analysée pour le moment par le Conseil d'État, il pourrait aussi être question de prononcer une interdiction de voyager à l'encontre des ministres israéliens d'extrême droite Itamar Ben-Gvir (Sécurité intérieure) et Bezalel Smotrich (Finances) − une mesure soutenue désormais par la N-VA, notamment. Une dernière mesure serait d'envisager l'interdiction d'importer des produits en provenance des territoires occupés.
Le débat sur la reconnaissance de l'État palestinien − à laquelle l'État français vient de se rallier − nécessitera immanquablement d'autres réunions. Devant les parlementaires le jeudi 14 août, Maxime Prévot s'était engagé à "avancer" vers une telle solution. Vooruit et le CD & V l'avaient applaudi. Mais le MR se montre extrêmement réservé. Il estime que cette reconnaissance ne peut se faire sans la libération de tous les otages israéliens encore détenus à Gaza, ni sans la garantie que le Hamas n'aura aucune responsabilité dans les futures institutions palestiniennes… Les libéraux francophones ne sont pas isolés. Bart De Wever, Premier ministre belge et homme fort de la N-VA, tient à peu de chose près le même discours. Ce mardi, lors d'une conférence de presse tenue à Berlin aux côtés du chancelier allemand Friedrich Merz, il a expliqué qu'une reconnaissance serait "insensée et même contreproductive" sans un désarmement complet du Hamas, la libération des otages israéliens et des garanties de sécurité au bénéfice d'Israël. Des prérequis qui sont, faut-il le dire, actuellement très loin d'être remplis.
La droitisation de la N-VA
La position de Bart De Wever ne surprend guère. La N-VA se positionne régulièrement et très singulièrement aux côtés d'Israël depuis l'attaque terroriste du 7 octobre 2023. Il n'en a pourtant pas toujours été ainsi. Dans un dossier fort bien documenté, le magazine Wilfried expliquait qu'à ses débuts, en 2001, la N-VA se montre sensible à la cause palestinienne au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes. Le président-fondateur du parti nationaliste flamand, Geert Bourgeois, n'en fait pas mystère. Mais cet a priori favorable a assez rapidement laissé la place à une sympathie de moins en moins discrète pour Israël. Cette mue s'opère sous la conjugaison de deux phénomènes. Le premier de ces phénomènes, c'est la droitisation progressive de la N-VA sur le plan économique, mais aussi socio-culturel, sous l'impulsion d'un Theo Francken, actuel ministre belge de la Défense. "Le positionnement pro-palestinien a de plus en plus souvent été associé à la gauche, observe le politologue Dave Sinardet (VUB). La N-VA a alors pris ses distances. Elle a fait comme les autres partis de droite européenne et considéré Israël comme un rempart contre l'islamisme radical."
Un autre facteur, c'est la présence d'une forte communauté juive à Anvers dont Bart De Wever est devenu le bourgmestre en 2013. "Il a appris à mieux connaître cette communauté qui, majoritairement, est attachée à la création de l'État d'Israël, expose Dave Sinardet. La N-VA a sans doute aussi voulu prendre ses distances avec l'étiquette collaborationniste qui lui collait à la peau."
Le conflit actuel à Gaza semble cependant faire bouger quelques lignes au sein du parti. Des voix comme celle de Geert Bourgeois ou de Zuhal Demir, ministre flamande de l'Enseignement, réclament davantage d'empathie pour le sort des Palestiniens. Mais sans que, pour l'heure, le positionnement s'en trouve fort changé.