Deux ans après son accident du travail, cette enseignante attend toujours que l'administration traite son dossier
Le service des accidents du travail des personnels de l'enseignement accuse un gros retard dans le traitement des déclarations. Plus de 2000 dossiers sont concernés. Le retard devrait être résorbé d'ici juillet 2028, estime la FWB.

- Publié le 06-11-2026 à 12h23

C'était en novembre 2024, il y a près de deux ans. Une enseignante se rend à son école. Sur le chemin de la gare, elle fait une chute assez grave. Fichu trottoir ! Celle-ci entraînera une incapacité de travail de près de cinq mois. Le lendemain de la chute, un dossier est introduit auprès du service des accidents du travail des personnels de l'enseignement. Le personnel de l'enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) bénéficie, en effet, d'une couverture en cas d'accident du travail (ou sur le chemin du travail) et de maladie professionnelle. Si l'accident du travail est reconnu par l'administration, des indemnisations peuvent être octroyées à la victime pour les dépenses occasionnées.
Et des dépenses, notre enseignante en a eu. Notamment en raison de deux opérations et d'environ 200 séances de kinésithérapie et d'ergothérapie, toujours en cours. Mais au service des accidents du travail, son dossier n'avance pas. Et, deux ans après les faits, elle attend toujours.
Des histoires comme celle-là, Luc Toussaint, président de la CGSP-Enseignement, en a entendu souvent. "Nous avons interpellé l'administration et la ministre de l'Enseignement, témoigne le syndicaliste socialiste. Cela concerne des centaines de personnes. On nous a promis que le problème allait être réglé. Mais on n'a pas de nouvelles de ce dossier depuis des mois. Il faut dire que les relations avec la ministre Glatigny ne sont pas très bonnes."
La faute à la digitalisation
Interrogé par La Libre, le cabinet Glatigny (MR) renvoie vers l'administration générale de l'enseignement. Celle-ci confirme que le service des accidents du travail "accuse un retard dans le traitement des anciennes déclarations d'accident du travail (accidents compris entre septembre 2024 et avril 2025)". "Cela représentait 2 197 dossiers et, donc, au maximum, 2 197 membres du personnel."
La cause de ce retard est technique. "Ce retard, qui était précédemment bien plus grand, a été causé par la digitalisation des processus au sein du service et l'arrivée graduelle d'une nouvelle application informatique (déployée aux alentours d'octobre 2023)", explique l'administration.
Face à ces problèmes, la FWB a mis en place une nouvelle stratégie de gestion qui fonctionne depuis juillet 2025 : "travail en priorité sur les dossiers les plus récents (pour ne pas créer un nouveau retard) et résorption graduelle du retard, lorsque du temps est disponible (avec des règles de priorisation, pour gérer les urgences avérées)". "Depuis lors, nous avons pu observer que les dossiers sont gérés dans des délais raisonnables et qu'il n'y a pas de nouveau retard significatif."
Et le "pot" de jours de maladie ?
Quant aux promesses faites aux organisations syndicales, "elles sont tenues", assure l'administration de l'enseignement. "Le retard se résorbe graduellement. Des estimations théoriques, sur la base d'une mesure objectivée de la performance des agents, indique que les dossiers en attente seront tous résorbés aux alentours du 2 juillet 2028, à conditions de travail constantes."
En attendant la décision, "les membres du personnel peuvent faire appel à leur mutuelle pour couvrir leurs frais médicaux", ajoute l'administration, qui précise qu'"il n'y a pas d'intérêts de retard prévus".
Mais, pour notre enseignante, au-delà de l'attente du remboursement, se pose le problème des jours d'absence. Tant qu'elle n'a pas de reconnaissance de l'accident comme accident de travail, les jours d'absence sont considérés comme maladie "normale". Et si le "pot" de jours de maladie (auquel ont droit tous les enseignants) est épuisé, l'enseignant est mis en disponibilité, avec un salaire raboté. Elle n'a pas envie d'en arriver là…