Le renouveau de Maxime "Pivot" et des Engagés se jaugera aux élections de... 2029
Les héritiers du CDH sont portés par des sondages positifs. Mais faut-il y voir un effet conjoncturel ou structurel, lié à l'évolution du parti lui-même ? Réponse, peut-être, dans cinq ans.

- Publié le 24-05-2024 à 06h31
- Mis à jour le 24-05-2024 à 09h11

Appelez-le Maxime "Pivot". Le président des Engagés, Maxime Prévot, a retrouvé la position envieuse de ses prédécesseurs, celle du faiseur de Roi, du pivot qui peut faire basculer une majorité dans un sens ou dans l'autre. Sauf catastrophe, le parti centriste, héritier du CDH, devrait revenir au pouvoir partout (sauf peut-être en Région bruxelloise) après les élections du 9 juin et une cure d'opposition de cinq ans dans les Régions, et dix ans au fédéral.
Les Engagés se portent bien dans les sondages et devraient faire de la claque historique des élections de 2019, un mauvais souvenir. Les candidats vous le diront : l'accueil sur le terrain est excellent. Quand ils étaient presque gênés de porter l'orange du CDH en 2019, ils brandissent aujourd'hui fièrement le turquoise des Engagés. Les militants sont remontés à bloc. Si bien qu'une "petite" victoire au soir des élections pourrait être perçue comme une contre-performance.
Ne pas lever les bras avant la ligne d'arrivée
"Je n'ai pas envie d'être atteint par le syndrome Alain Juppé, qui, face à Français Fillon (lors de la primaire de la droite et du centre en France en 2016, NdlR), était tellement persuadé d'être au deuxième tour qu'il en avait oublié de gagner le premier", tempérait d'ailleurs Maxime Prévot, il y a un mois, dans La Libre.
On fera les comptes le moment venu, mais, sur papier, Les Engagés seront de toutes les coalitions futures. Au fédéral : dans une majorité qui devrait à nouveau être pléthorique (l'actuelle Vivaldi compte sept partis). En Région wallonne et en Fédération Wallonie-Bruxelles (ou Communauté française) : dans la perspective d'un Olivier (PS, Écolo, Les Engagés) ou d'une majorité avec le MR plus un troisième larron.
À Bruxelles, la situation est moins claire. Le CDH n'avait obtenu que six députés régionaux en 2019. Les Engagés devront faire mieux pour espérer peser.
Cela dit, l'enjeu, pour eux, est peut-être moins leur résultat ce 9 juin que celui qu'ils obtiendront en… 2029, aux élections suivantes.
Le même obstacle que le CD&V
Décryptant le long déclin du CD&V, la semaine dernière, dans La Libre, le politologue Jean-Benoît Pilet (ULB) expliquait en substance que, avec la sécularisation de la société, la démocratie chrétienne avait perdu la fidélité électorale de son glorieux passé. Ce qu'il manque aujourd'hui au CD&V, selon lui, "c'est un déterminant structurel et stable du vote en sa faveur, sur lequel il n'est pas concurrencé. Tant qu'il n'aura pas réussi à définir cela, il fera l'objet de fluctuations électorales, parfois positives, parfois négatives."
Le politologue ajoutait que la position des Engagés est similaire. "Ils vont mieux dans les sondages, mais ils bénéficient de leur place dans l'opposition ; Georges-Louis Bouchez (président du MR) est très polarisant, ce qui peut déplaire à des électeurs de centre-droit ; des électeurs centristes qui ont voté Écolo en 2019 pourraient revenir chez Les Engagés ; Défi est en train de se saborder (en raison de querelles internes, NdlR)…" Ajoutons que le départ d'anciens cadres du parti a facilité le renouveau. "Mais tout cela est très conjoncturel. Ça ne crée pas une raison stable et durable de voter pour Les Engagés dans les quinze prochaines années."
L'électorat du parti évolue
L'analyse du transfert de voix entre partis, sur la base du sondage de La Libre du mois d'avril, montre que le parti centriste est parvenu à renouveler son électorat. En Wallonie, pas moins de trois sondés sur dix (31 %) ayant voté pour le CDH en 2019 disaient ne plus vouloir voter pour son successeur, Les Engagés. Malgré cette perte, le parti progresse, pointant à 13,9 %, contre 11,7 % aux élections de 2019. Les Engagés prendraient surtout des voix à Défi-Wallonie (un cinquième de ses électeurs de 2019) et à Écolo (plus de 10 %). Dans une moindre mesure au MR et au PS (autour de 6-7 %).
En Région bruxelloise, l'évolution de l'électorat est encore plus significative puisque Les Engagés, selon le sondage, ne conservent que quatre électeurs CDH sur dix (41 %), mais maintiennent le score électoral de 2019, à nouveau en allant chercher des voix principalement chez Défi et Écolo.
Cette évolution de l'électorat est-elle due à l'évolution du parti lui-même, à son nouveau manifeste, à l'abandon de toute référence chrétienne… ? On s'en fera sans doute une idée plus juste en 2029. Parce que, pour l'heure, "je ne vois toujours pas quel est le déterminant structurel stable du vote en faveur des Engagés", concluait le Pr Pilet.