Élections 2024 : MR et Engagés feront-ils main basse sur les provinces ?
Les deux partis espèrent confirmer leurs résultats de juin à un niveau de pouvoir… dont ils ont promis de supprimer les organes politiques.

- Publié le 04-10-2024 à 06h32
- Mis à jour le 04-10-2024 à 06h34

Il paraît que les Wallons voteront pour la toute dernière fois aux élections provinciales, ce 13 octobre, qui ont lieu en même temps que le scrutin communal. C'était l'engagement pris par les présidents du MR et des Engagés, Georges-Louis Bouchez et Maxime Prévot, lors de la présentation, en juillet, de l'accord de majorité en Région wallonne. Celui-ci prévoit la suppression des organes politiques des provinces (conseil et collège) au terme de la prochaine législature (2030). Mais des paroles aux actes, il reste – beaucoup – de chemin.
Tout d'abord, MR et Engagés n'ont pas une majorité suffisante au Parlement wallon pour enterrer les institutions provinciales (une majorité des deux tiers est nécessaire). L'appui d'Écolo, favorable de longue date à cette suppression, n'est pas suffisant. Ils devront compter soit sur le soutien du PS, qui est opposé au projet, soit sur celui du PTB, avec qui la coalition "Azur" ne veut pas travailler.
Ils devront ensuite convaincre leurs propres troupes, en particulier leurs représentants provinciaux. Et enfin, faire en sorte que les administrations jouent le jeu et préparent leur réorganisation. Pour y parvenir, MR et Engagés auront intérêt à mettre la main sur un maximum de provinces en confirmant leurs excellents résultats des élections de juin. Car, pour l'heure, ils ne dirigent ensemble qu'une seule province, Namur, avec le soutien de Défi.
L'axe BW-Namur-Luxembourg
L'alliance des deux partis est solide en province de Namur. En 2018, elle avait tenu bon, malgré la danse du ventre du PS et d'Écolo devant le CDH (devenu Les Engagés) pour renvoyer le MR dans l'opposition. Au vu des performances des libéraux et des centristes en juin au niveau de la province, on peut s'attendre à ce qu'ils confortent leur majorité et repartent ensemble, sans Défi.
En Brabant wallon, la coalition historique MR-PS pourrait vivre ses dernières heures. Les Engagés ont réussi une performance sans précédent dans le BW lors des élections fédérales de juin en… triplant (22,7 %) leur résultat obtenu cinq ans plus tôt. S'ils confirment dans une semaine et demie au niveau provincial, ils seront en position de force pour intégrer le collège aux côtés du MR, qui reste le premier parti brabançon.
Ce scrutin provincial sera un très bon indicateur de l'état de forme des partis à l'échelle de la Wallonie, quatre mois après le séisme électoral de juin.
Dans le Luxembourg, les rôles pourraient être inversés. L'ex-CDH, premier parti, et le PS y sont de vieux alliés. Le MR parviendra-t-il à faire voler cette coalition en éclats ? Pour cela, il devra bien sûr obtenir un bon score. Sur la base des élections de juin au niveau du Luxembourg, c'est bien parti. Et puis, les libéraux devront espérer un affaissement du PS qui justifierait que ce parti soit écarté du pouvoir. Mais cela, c'est moins évident puisque les socialistes avaient bien résisté en juin, profitant du retrait du PTB (il n'avait pas présenté de listes dans le Luxembourg) et de l'effondrement d'Écolo.
Le PS reste solide dans le Hainaut
En province de Liège, les jeux semblent ouverts. L'actuelle majorité PS-MR n'est pas très large. Si les résultats de juin se confirment en octobre, les libéraux raviront la première place aux socialistes et seront en position de choisir leur partenaire. Mais rien ne dit qu'ils prendront Les Engagés. D'abord, parce que les centristes devront sensiblement progresser pour espérer peser. Ensuite, parce que les négociations à la province seront sans doute liées à ce qui se passe à la ville de Liège. Un grand deal pourrait être noué entre le MR et le PS pour diriger ensemble la ville et la province. Une tripartite avec Les Engagés est néanmoins de l'ordre du possible.

C'est en province de Hainaut que le PS a le moins de souci à se faire pour sa place au pouvoir. Certes affaibli depuis les élections de juin et talonné par le MR, il reste le premier parti hennuyer. Une reconduction de l'actuelle majorité PS-MR est probable, sauf en cas de progression spectaculaire des Engagés.
Écolo, le PTB et Défi ne devraient pas avoir leur mot à dire dans la formation des majorités provinciales – sauf peut-être le PTB dans le Hainaut. Ce scrutin provincial sera en tout cas un très bon indicateur de l'état de forme des partis à l'échelle de la Wallonie, quatre mois après le séisme électoral de juin.