Les poules sans tête
A moins de deux mois des élections, la campagne est au ras des pâquerettes. Les exclusives et petites phrases dominent les "non-débats". Et si l'on prenait un peu de hauteur...?

- Publié le 10-04-2024 à 18h11
- Mis à jour le 10-04-2024 à 20h17

Une humeur de campagne de Francis Van de Woestyne
Dans moins de 60 jours, les électeurs iront déposer leur précieux bulletin dans l'urne ou pointer le parti ou les candidats qui auront leur préférence. La campagne électorale n'est pas le moment où la politique vole au plus haut niveau. On pourrait même dire que l'on frise les pâquerettes. Et encore, c'est joli les pâquerettes, ce serait bête de les écraser avec des idées folles, des comportements abscons, des théories funestes, des déclarations fumeuses. Aux abris. Nous n'avons que l'embarras du choix, même s'il faut bien reconnaître que certains se distinguent plus que d'autres. Car en alignant les petites phrases de ces derniers jours, on pourrait dire et écrire, qu'en résumé, beaucoup prennent les électeurs et les électrices pour des idiots. Pour rester polis.
Comment traduire le mot "couillons" en flamand ?
Le Parti socialiste - cela n'est pas une obsession mais on dirait que le bon sens a quitté le boulevard de l'Empereur - dégaine quasiment chaque semaine un nouveau nom pour qualifier son principal rival, le PTB, le bien mal nommé Parti du Travail de Belgique, puisque c'est un parti qui ne cherche qu'à dévaloriser le travail : travailler toujours moins tout en gagnant autant. "Couillon" – un mot que nos confrères flamands ont eu beaucoup de mal à traduire…- "froussards", plus élégant, Parti Toujours au Balcon, selon le bourgmestre de Liège, Willy Demeyer. Peu importe si Thomas Dermine et Paul Magnette se contredisent selon l'assemblée à laquelle ils s'adressent. Gouverner avec le PTB ? C'est non. Ou alors peut-être. Ou alors pourquoi pas…. Et si d'aventure, on laisse sous-entendre qu'une alliance est possible, c'est pour les mettre au défi. Principal argument des camarades pour disqualifier Raoul Hedebouw et ses troupes : les communistes font semblant de vouloir gouverner mais en réalité, ils veulent rester planqués dans l'opposition et se nourrir des promesses non tenues des socialistes. De quoi devenir obèses…
Donc, résumons les éléments de langage du PS : une voix pour le PTB est une voix perdue pour la gauche et un renforcement de la droite. L'argumentaire est donc purement stratégique. Pourquoi les socialistes ne déroulent-ils pas les différences programmatiques qui existent entre les deux formations, le PS et le PTB ? Pourquoi les socialistes ne mettent-ils pas en évidence les outrances du PTB en matière de politique étrangère (non-condamnation de la répression des Ouïgours par le régime chinois, "neutralité" suspecte dans le conflit entre la Russie et l'Ukraine, soutien aux régimes de Maduro, l'inspirant président du Venezuela qui a fait fuir 7,7 des 28 millions de ses habitants, etc, etc. Sur le plan européen, la politique prônée par le PTB équivaut quasiment à une sortie de l'Union européenne.
Ne promettez le bonheur sans rien faire
Il est intéressant de constater que les socialistes francophones et, leurs "meilleurs ennemis", les nationalistes de la N-VA (on en reparlera dans quelques mois…) utilisent pratiquement la même rhétorique à l'égard de leur concurrent extrémiste. Bart De Wever le répète : toute voix pour le Belang serait une voix perdue pour le nationalisme et l'indépendance de la Flandre. Mais il y a quand même une différence de taille : les fachos flamands font la course en tête dans les sondages et ils ont toujours dit qu'ils étaient candidats au pouvoir, à l'inverse du PTB, plutôt frileux quand il s'agit de mettre les mains dans le cambouis, sauf au niveau communal.
Autre différence avec le nord du pays : autant le PS court derrière le PTB quand il s'agit de raser gratis, autant la N-VA s'abstient de mettre en évidence les incohérences du programme du Belang. Alors que ce programme, comme celui du Rassemblement national de Marine Le Pen en France, est plutôt de gauche. Très à droite concernant la protection des frontières et l'immigration, mais plutôt "généreux" avec les natifs de Flandre.
Conclusion ? Il reste moins de deux mois. Petite supplique aux candidats et singulièrement aux présidents de parti. Parlez-nous du fond. Ne promettez pas le ciel, la terre, le paradis, le bonheur et le travail sans rien faire. Admettez les erreurs commises quand vous étiez au pouvoir. Respectez vos concurrents, ils seront peut-être (et certainement d'ailleurs en Belgique) vos prochains alliés pourvu qu'ils soient démocratiques. Ainsi vous respecterez ceux que vous voulez séduire : les électeurs. Moralisateur ? Que non. Mais l'air est plus sain quand on prend parfois un peu de hauteur.