Elections 2024 : pourquoi certains francophones votent-ils pour des partis flamands à Bruxelles ?
"Il faut moins de votes pour qu'un candidat néerlandophone soit élu que pour un candidat francophone", détaille la politologue Emilie van Haute.
- Publié le 07-06-2024 à 15h55
- Mis à jour le 17-06-2024 à 10h12

Entre 2014 et 2019, le nombre d'électeurs ayant voté pour des partis flamands en Région bruxelloise a considérablement augmenté, passant de 53 379 à 69 996.
Une partie de l'explication tient dans l'accroissement de la population bruxelloise, mais d'autres facteurs sont à l'œuvre. "Le baromètre linguistique de la Région bruxelloise montre qu'il y a plus de personnes qui maîtrisent le néerlandais notamment. Leur attribuer une langue unique n'a plus beaucoup de sens, tout comme la division linguistique actuelle", décrit la politologue (ULB) Emilie van Haute.
Il n'est toutefois plus nécessaire de choisir entre le collège francophone et le collège néerlandophone à l'entame du vote. Cependant, les votes pour les candidats néerlandophones ont un poids relatif plus important.
C'est le fait d'un système pensé pour protéger la minorité flamande, comme l'explique Emilie van Haute. "Cette disposition a été établie pour garantir une représentation politique équitable, tout en protégeant les intérêts de la minorité flamande dans un souci de pluralisme démocratique. Il y 89 sièges au Parlement de la Région bruxelloise, 72 à allouer au groupe linguistique francophone et 17 au groupe linguistique néerlandophone." En conséquence, "il faut moins de votes pour qu'un candidat néerlandophone soit élu que pour un candidat francophone", confirme Emilie van Haute.
Cela peut encourager certains électeurs à voter pour les listes flamandes. "Cela dit, cela motive surtout les partis à se présenter dans ce groupe linguistique", nuance-t-elle. Une stratégie que plusieurs petites listes avaient déjà bien comprise en 2019. "Certaines s'étaient présentées dans le groupe linguistique néerlandophone, et c'est à nouveau le cas cette année. Agora était d'ailleurs parvenu à obtenir un siège en optant pour cette stratégie", rappelle-t-elle.
Bloquer l'extrême droite… ou la soutenir
L'offre politique flamande se démarque, notamment par la présence de l'extrême droite. Elle est totalement absente du côté francophone, contrairement au scrutin de 2019. Le parti nationaliste flamand Vlaams Belang a d'ailleurs soigné sa communication, en réalisant notamment une campagne en français et en néerlandais, tout en adaptant son message au passage. De quoi séduire certains ou, à l'inverse, encourager d'autres à voter pour un parti flamand dans l'espoir de freiner l'influence de l'extrême droite. "Le gouvernement doit être paritaire et, si le Vlaams Belang cartonne, il y a des possibilités que cela bloque la formation de celui-ci. Cela reflète la complexité de la politique belge, où les alliances entre les communautés linguistiques peuvent jouer un rôle crucial dans la formation du gouvernement", souligne Emilie van Haute.
Punir ou récompenser le gouvernement précédent
Une partie des électeurs tiendra sûrement compte du bilan du gouvernement sortant. "Il y a la possibilité de soit récompenser, soit sanctionner les partis qui y ont participé. On peut penser à des électeurs qui voudraient voter pour Groen en raison des politiques menées par Elke Van den Brandt (entre autres ministre de la Mobilité) ou inversement. Je pense notamment à son bilan en matière d'extension de la mobilité douce. Cela pourrait jouer auprès des électeurs pour lesquels la mobilité est une thématique importante et qui voteraient alors peut-être pour ce parti en lieu et place par exemple d'Ecolo." Une explication déjà avancée en 2019 pour expliquer l'essor de son pendant flamand.
