L'université Saint-Louis lance le premier bac entièrement en anglais
Les bacheliers de Flandre pourraient bientôt avoir la moitié de leurs cours en anglais. Certains regrettent ce choix. Côté francophone, aussi, l'anglais s'installe. Les étudiants sont-ils prêts?

- Publié le 23-01-2020 à 06h43
- Mis à jour le 23-01-2020 à 10h32

Les bacheliers de Flandre pourraient bientôt avoir la moitié de leurs cours en anglais. Certains regrettent ce choix. Côté francophone, aussi, l'anglais s'installe. Les étudiants sont-ils prêts?
Où étudier en anglais à l'étranger, ailleurs qu'en Angleterre ? Dans un dossier consacré à la question en 2003, Le Figaro écrivait déjà : "La Belgique reste pour les étudiants français la deuxième destination à l'étranger devant les États-Unis. À l'exemple de l'Université catholique de Louvain. Leurs masters n'excèdent pas 580 € par an. Ce qui laisse de la marge pour dépenser son argent de poche en gaufres ou en moules-frites !" Donc oui, côté francophone aussi, les établissements d'enseignement supérieur jouent la carte de l'anglais.
En anglais, en tout ou partie
Depuis 2013, l'article 75 du décret Paysage précise que des activités d'apprentissage peuvent y être dispensées (et évaluées) dans d'autres langues que le français. Dans le premier cycle d'études, ces activités ne peuvent pas dépasser un quart des crédits. Pour les études menant au grade de master (sauf pour les crédits spécifiques à la finalité didactique), elles doivent se limiter à la moitié des crédits. Pour les études de deuxième cycle, cependant, le décret dit que le gouvernement peut accorder des dérogations pour dépasser les quotas lorsque les cursus visés ont un caractère international. Celles-ci sont accordées sur proposition de l'Ares (l'Académie de recherche et d'enseignement supérieur).
En mai dernier, le décret "Fourre-tout III" a aussi introduit des dérogations pour les bacheliers. Aucune n'a encore été accordée mais une première demande est en cours de traitement pour l'organisation, exclusivement en langue anglaise, d'un bachelier en ingénieur de gestion à partir de l'année académique 2020-2021 (à Saint-Louis- Bruxelles).
Surtout en sciences et techniques
Dans le relevé que l'Ares tient à jour, on voit que les masters pour lesquels une dérogation a déjà été accordée émanent principalement du secteur des sciences et techniques. Toutes les universités sont concernées, ainsi que les Hautes écoles Francisco Ferrer et l'Ichec.
"Concrètement, il existe aujourd'hui 198 cycles qui proposent au moins un cours en anglais sur 2.353 cycles au total", relève Julien Nicaise, l'administrateur de l'Ares. Assez marginal tout de même… "Nous pouvons dire que la place de l'anglais progresse à l'université tant comme activité d'apprentissage obligatoire que pour les cours dispensés dans cette langue." Et de préciser que l'anglicisation est nécessaire au vu de l'internationalisation des études. Faut-il s'en inquiéter ? "Cela ne menace pas la place du français dans les cursus", répond-il.
La question du bagage…
Si la tendance continue à s'accroître, la question des compétences linguistiques des étudiants devrait toutefois être sérieusement posée. À part dans les écoles européennes et les écoles en immersion où l'anglais est utilisé pour enseigner d'autres matières, le niveau des jeunes qui sortent du secondaire francophone est-il suffisant pour relever le défi d'études en anglais ? Aucun test contraignant n'est en tout cas prévu à ce stade pour le vérifier. Et celui des enseignants ?
Dans son livre L'Université à la croisée des chemins, le premier vice-recteur de l'Université de Liège écrivait en 2018 : "On peut se demander si l'ajout d'une difficulté supplémentaire est conforme au souhait politique de favoriser, autant que faire se peut, l'accès du plus grand nombre." Bonne question.