La discorde sur les fonds de relance pour les bâtiments scolaires prend de l'ampleur : "Ce n'est pas une raison pour déterrer la hache de guerre"
Le texte CDH-Défi qui visait un meilleur partage des fonds n'est pas passé. Dialogue de sourds en Commission du parlement.

- Publié le 08-03-2021 à 22h02
- Mis à jour le 17-03-2021 à 22h52

La façon dont le gouvernement PS-MR-Écolo de la Fédération Wallonie-Bruxelles entend partager les fonds européens du plan de relance destinés à rattraper un peu des décennies de désinvestissement dans les bâtiments scolaires (de l'ordre de 300 millions d'euros) suscite la colère et l'incompréhension du Segec (Secrétariat général de l'enseignement catholique). La clef de répartition est celle-ci : 58,5 % des crédits pour WBE (qui scolarise environ 15 % des élèves) et 41,5 % pour tous les réseaux subventionnés (la moitié des élèves sont dans le libre et 35 % dans le réseau des communes et provinces).
L'alliance CDH-Défi
Pour rééquilibrer les choses, le CDH et Défi se sont alliés dans une proposition de décret qui a été débattue en commission des Bâtiments scolaires ce lundi. Le texte, signé par huit députés (dont Alda Greoli et Christophe Magdalijns), prévoit d'affecter les crédits européens au programme prioritaire de travaux (PPT) existant, où une pile de projets à réaliser provenant de tous les réseaux attendent leur tour.
D'après les signataires, cet ajout permet de respecter non seulement les timings et autres règles imposées par l'Europe, mais aussi et surtout plus d'équité entre les acteurs.
Débat, vraiment ?
Pour Frédéric Daerden (PS), "être équitable consiste à donner en fonction des besoins et des spécificités de chacun". Côté spécificités, il avance notamment le fait que la Fédération est propriétaire des bâtiments de WBE. En plus, WBE est prêt : le ministre des Bâtiments scolaires et du Budget, qui a aussi la tutelle sur WBE, l'a répété. Les députés des partis de la majorité le suivent et déclinent ses arguments. Les signataires du texte restent sur les leurs. Débat, vraiment ? Plutôt dialogue de sourds.
Extraits : "Ceux qui veulent oublier le passé sont condamnés à le revivre" (André Antoine, CDH, sur la liberté d'enseignement). "L'affaire est sérieuse, nous sommes à une législature de vérité" (le même). "Défendre l'enseignement officiel peut se faire aussi en respectant les autres réseaux" (Christophe Magdalijns, Défi). "Ce n'est pas une raison pour déterrer la hache de guerre" (Yves Evrard, MR). "Nous sommes pour la création d'un seul réseau unique public" (Alice Bernard, PTB). "Il faut élever le débat" (Veronica Cremasco, Écolo).
Avant de soumettre la proposition au vote, CDH et Défi proposent de demander l'avis du Conseil d'État et d'auditionner les pouvoirs organisateurs et les représentants des parents. "Ce n'est pas un bon texte, répond Frédéric Daerden. Vous surfez sur le lobbying d'un réseau qui veut plus d'argent. C'est tellement simple…"
Les signataires insistent. "On nous demande de corriger plusieurs points, estime André Antoine. On reviendra donc avec des amendements." La majorité ne suit pas. "Après deux heures de débats, il faut voter", exige Matteo Segers (Écolo). Le président tranche : soit le texte est retiré, soit on passe aux votes. Il est plus de 21 h. On relit les règles. "C'est un abus de majorité", lance André Antoine. Suspension de séance. "Nous retirons notre texte", annonce Alda Greoli (CDH) au retour, après une dizaine de minutes. La Commission passe à autre chose mais on en reparlera sans doute.
Écoles et parents mobilisés
D'autant que le Segec a invité ses directions à écrire à leurs élus pour se plaindre. La manœuvre prend de l'ampleur, alors que certains responsables ont choisi d'impliquer les parents dans cette "manifestation".
Écolo a d'ailleurs jeté ses arguments dans un courrier envoyé à chaque pouvoir organisateur qui interpelle ses élus. En résumé, les verts rappellent l'importance des impératifs énergétiques, au cœur de la relance et, comme le ministre Daerden, soutiennent que l'équilibre viendra plus tard.
WBE aussi a réagi à la manœuvre du Segec. Julien Nicaise et Bernard Rentier (l'administrateur délégué et le président du CA) ont transmis un rapport au gouvernement et au Parlement, exposant pourquoi il est normal que la Fédération investisse dans ses propres bâtiments. "Un discours militant et politique", a critiqué Alda Greoli. "Et pas celui d'un administrateur général !" Ambiance.