Des parents ont espionné ce qui se passait dans une école du Brabant wallon : "Je crains que ça ne fasse que dégénérer"
C'est le nouvel enfer des professeurs. Ils sont toujours plus questionnés et certains parents sont prêts à tout pour surveiller ce qu'il se passe à l'école.
- Publié le 16-01-2025 à 08h28

"On a toute confiance en vous." Loin de rassurer, cette phrase a dévasté une institutrice qui enseigne depuis plusieurs années dans le Brabant wallon. Sans le savoir, elle a dû faire ses preuves pour convaincre les parents.
"En début d'année scolaire, des parents ont glissé un micro dans le cartable de leur fille. Au bout de quelque temps, ils sont allés trouver l'enseignante à la sortie de l'école pour lui dire qu'ils lui font désormais confiance et en même temps lui révéler ce qu'ils avaient fait. Elle est tombée de haut", rapporte Fabian Diels, permanent régional d'un syndicat, interrogé par La DH.
Pendant plusieurs semaines, ils ont espionné ce qui se passait à l'école. "Il n'y a pas que la classe qui a été enregistrée. Ce qui s'est dit dans la salle des professeurs aussi parce qu'une fois par semaine, tous les cartables sont déposés là avant que les élèves n'aillent en cours de gym. Les discussions entre la direction et l'équipe pédagogique sur les parents ou sur les enfants ont été enregistrées à l'insu de tous", poursuit Fabian Diels.
"Parents rois"
Selon l'institutrice rien ne justifiait un comportement pareil surtout que les autres enfants des parents sont également inscrits dans cet établissement scolaire. "Il y a une méfiance envers l'enseignement. Tout le monde est passé par l'école. Qu'ont pu vivre les parents pour en arriver là ?", s'interroge le syndicaliste. "Quand on choisit une école et une équipe, on leur fait confiance."
Désormais dans la classe, les enseignants retrouvent non seulement des élèves mais aussi… les parents. Au niveau du profil, les professeurs retrouvent des parents surprotecteurs, nombrilistes, égocentriques, racistes, de mauvaise foi, menteurs, naïfs (au point de croire tout ce que l'enfant raconte), violents, impulsifs, agressifs, impolis et insolents, culottés, sans gêne, subjectifs, intrusifs, qui envoient des mails tous les jours, qui dénoncent du harcèlement quand il s'agit de "simples disputes", qui victimisent l'enfant agresseur, démissionnaires, qui approuvent l'absentéisme avec des certificats médicaux, qui pensent que l'enfant est HP… Les qualificatifs sont nombreux et illustre un phénomène qu'une directrice appelle "les parents rois".
"Il arrive de plus en plus souvent que des professeurs qui soient filmés. Le micro est une étape supérieure qui n'est pas tellement étonnante malheureusement. Cela reflète la manière dont le métier est considéré", réagit Luc Toussaint, secrétaire général de la CGSP-Enseignement.
Légal ?
L'institutrice a fait une déposition à la police. "La technologie permet des choses qu'on ne pensait pas possible. Les législations et le Règlement d'ordre intérieur ne permettent jamais de prévoir ce genre de chose. Il va y avoir des dérives, je crains que ça ne fasse que dégénérer. Il faut qu'on se rende compte de ce qui se passe en classe. On franchit à chaque fois un cap, à quand la caméra espion ? !", s'alarme Fabian Diels.
Les parents ont promis de ne pas utiliser les enregistrements mais est-ce vraiment légal cette méthode ? "Un patient qui enregistre son médecin ou un client qui enregistre son avocat dans le cadre d'une conversation qu'ils ont à deux est considéré comme légal. Enregistrer tout ce qui se passe par le biais d'un micro sans participer soi-même à la conversation est illégal. Il pourrait y avoir une dérogation si le but est de démontrer l'existence d'une infraction mais ça doit être autorisé par un magistrat et non fait d'initiative par les personnes qui veulent démontrer une infraction", expose Nathalie Gallant, avocate pénaliste. "En tant que preuve, les enregistrements seront rejetés parce que ça n'a pas été recueilli de manière légale. Le simple fait d'enregistrer peut déjà constituer une infraction pénale même si ce n'est pas utilisé. "
En tout cas, si les parents sont rassurés et assurés que leur fille ne subira aucune conséquence, la confiance est par contre rompue du côté de l'équipe pédagogie. "Jusqu'à la fin de la scolarité, les professeurs vont se demander s'ils ne sont pas espionnés", insiste Fabian Diels.