Sept membres de Schild en Vrienden jugés en correctionnelle
Parmi eux, Dries Van Langenhove, ancien député élu sur les listes du Vlaams Belang, poursuivi notamment de négationisme.

- Publié le 11-09-2023 à 20h33

C'était le 9 mars 2018. Le quotidien flamand De Morgen interviewe un jeune étudiant en droit à l'Université de Gand. Dries Van Langenhove, 24 ans, y présente Schild en Vrienden, l'organisation qu'il dirige et qui mène des actions politiques pour frapper les esprits en Flandre, notamment contre l'accueil de réfugiés.
Schild en Vrienden se présente comme une organisation de droite décomplexée et nationaliste. Ses membres portent des blazers et sont disciplinés. Ils s'expriment clairement. Ils entretiennent leur forme et portent beau.
Six mois plus tard, c'est la chute. Le magazine Pano de la VRT diffuse un long reportage sur Schild en Vrienden. Le journaliste Tim Verheyden s'est infiltré sur les groupes Facebook et sur la plate-forme de chat Discord de Schild en Vrienden qui regroupent respectivement 800 et 200 personnes.
Raciste, antisémite, négationniste
L'image policée de Schild en Vrienden vole en éclats. Les échanges sont racistes, misogynes, glorifient le nazisme et transpirent d'antisémitisme. Ils prennent généralement la forme de mèmes, à savoir des photos légendées, des gifs animés ou de courtes vidéos qui sont repris et déclinés en masse sur internet. Il y en a des centaines. Citons à tire d'exemple, sous la légende "une Rolex pour juifs", une montre dont le cadran a été remplacé par les chiffres d'un compteur de gaz.
Deux jours plus tard, le parquet de Gand ouvre une information judiciaire. Elle met au jour une organisation structurée, avec un chef suprême (eindbaas) et différents niveaux, allant de "Normies" (débutants) à "vétérans" en passant par les "recrues" et les "combattants". Le niveau supérieur ne pouvant être atteint qu'en participant à un maximum d'activités.
Élu avec 40 000 voix
La diffusion de Pano provoque l'émoi. Mais Dries Van Langenhove gagne en notoriété. En mai 2019, il se présente en tant qu'indépendant sur les listes du Vlaams Belang à la chambre pour le Brabant flamand. Il récolte 40 000 voix. Il renonce à son siège au printemps 2023, peu avant son renvoi définitif en correctionnelle. Il invoque le fait qu'il s'est toujours senti davantage un activiste qu'un politique.
Le renvoi en correctionnelle est cinglant. Avec six autres membres, l'ex-député doit répondre d'infractions aux lois sur le racisme, à savoir l'incitation à la haine et/ou la violence, la diffusion d'images sur une supposée supériorité raciale, la participation à un groupe incitant à la discrimination.
Mais, plus gênant peut-être, il sera aussi jugé à l'instar de cinq autres prévenus pour négationnisme. Soit une prévention beaucoup plus dérangeante pour le Vlaams Belang qui a toujours veillé à ne pas être associé à l'antisémitisme. C'est là aussi une prévention qui peut conduire à une déchéance de droits civils et politiques, soit à une inéligibilité. Les peines maximales sont d'un an de prison, sauf pour Dries Van Langenhove qui doit aussi répondre d'une prévention de détention et de vente d'armes prohibées (des Peppersprays).
Initialement, Dries Van Langenhove ne devait pas répondre de négationnisme. La chambre du conseil n'avait pas retenu cette prévention à son encontre car il n'a pas diffusé de message dans ce sens. Mais en appel, la chambre des mises en accusation de Gand l'a retenue, estimant qu'en gérant les plateformes et en ne bloquant pas les messages négationnistes, il avait créé une "atmosphère de fanatisme collectif".
Le procès de ces sept hommes, dont certains évoluent dans les sphères du Vlaams Belang ou sont rangés (l'un étant notaire et un autre travaillant pour un grand cabinet d'audit) débute mardi devant le tribunal correctionnel de Gand. Cinq autres, moins impliqués, avaient obtenu une suspension du prononcé (une déclaration de culpabilité sans peine) en chambre du conseil.
Le procès sera vraisemblablement le plus important en matière de racisme depuis la condamnation des ASBL gravitant autour du Vlaams Blok en 2004, estime Jos Van der Velpen, l'avocat de la Ligue des droits de l'homme flamande, qui est partie civile. Dries Van Langenhove y sera combatif. Sa défense a d'ores et déjà laissé entendre qu'elle tentera de récuser le président du tribunal.