Son partenaire sexuel meurt après une nuit de sexe sous drogue, il écope d'une peine de douze mois avec sursis probatoire
Jérémie a été retrouvé après un Chemsex, des rapports sexuels sous l'emprise de drogues pour doper envie et performances.

- Publié le 21-12-2023 à 17h51

La Libre vous en parlait il y a près d'un mois. Pierre (prénom d'emprunt) se retrouvait devant la justice pour une affaire un peu particulière. Son partenaire sexuel, Jérémie, avait été retrouvé mort, le 19 août 2019, après une nuit d'ébats sous influence de stupéfiants. Jérémie avait succombé après l'absorption de GHB (surnommée la "drogue du viol) et de cocaïne.
Quatre ans de prison avec sursis probatoire avaient été requis contre Pierre pour avoir incité ou facilité l'usage de stupéfiants avec la circonstance que cela a causé la mort.
Le jugement a été rendu ce jeudi à 9 heures. Pierre écope d'une peine de douze mois avec sursis probatoire. "C'est une affaire particulière. Mais ce qui est important, ce que le contexte a été pris en considération pour le jugement", a déclaré Denis Bosquet, le conseil de Pierre.
Si l'avocat insiste sur l'importance du contexte dans ce dossier, c'est parce qu'au cœur de la mort de Jérémie, il y a une histoire de Chemsex.
De la drogue pour doper les performances sexuelles
Le Chemsex, ce sont des rapports sexuels sous l'emprise de drogues pour doper envie et performances. Le phénomène est prisé par une partie de la communauté homosexuelle gay.
Le 18 août 2019, Pierre entre en contact avec Jérémie via une application de rencontre. "On a échangé nos envies sexuelles. On a évoqué l'usage de stupéfiants. Et la rencontre s'est faite. Je suis arrivé chez lui, avait expliqué Pierre, au tribunal. Nous étions deux adultes et on avait décidé de faire ensemble des choses."
Pierre raconte être venu avec son GHB et sa cocaïne. Jérémie, lui, avait peu de GHB chez lui et, semble-t-il, aucune cocaïne.
Pour éviter tout problème, les adeptes du Chemsex notent les heures de prises de leurs consommations et chacun détermine sa quantité. Tout semblait parfaitement organisé. Jusqu'au moment où Pierre dit être tombé dans un "trou noir", juste après une prise à 10 h 30.
Trois heures plus tard, Pierre se réveille. Et découvre à ses côtés, le corps sans vie de Jérémie.
Jugement "équilibré"
Lors de l'audience du 23 novembre, Pierre avait répété que tout cela ne "correspondait pas à ses valeurs". "J'estimais que j'étais droit dans mes bottes et que je n'avais rien à cacher. Je n'ai pas eu l'impression d'avoir fait quelque chose de mal", avait-il déclaré.
Son avocat avait défendu que, dans cette affaire, il y avait eu un consentement mutuel entre adultes, tant pour les rapports sexuels que pour la consommation des stupéfiants.
Il avait d'ailleurs plaidé l'acquittement à titre principal, défendant que le cœur de Jérémie aurait été fragilisé par une prise régulière de cocaïne. Ce que contestaient partie civile et parquet, renvoyant aux conclusions de l'autopsie qui attribue la mort à une combinaison de GHB et de cocaïne.
Me Xavier Carrette, avocat des parties civiles, contestait la thèse du "trou noir". Et a fait remarquer que vers 10 h 00, une voisine aurait entendu Jérémie crier 'Mais qu'est-ce que tu me fais ?' avant de l'entendre cracher et tousser vigoureusement. "Pierre fournit (la drogue), gère, peut-être même qu'il insiste", avait décrypté Me Carrette.
Pour l'avocat de Pierre, le jugement rendu est "équilibré". "Mon client a déjà entamé un travail pour avancer, même si tout cela l'affectera pour toujours".