Quand une soirée de Carnaval tourne au drame : "L'accusé voulait exécuter son plan, un don contre un don"
Un homme est accusé de viol et d'atteinte à l'intégrité sexuelle lors d'une soirée qui se devait être festive.

- Publié le 08-12-2024 à 10h18

Il est arrivé au sein de la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles le regard sombre. Habillé en noir de la tête aux pieds, Chris* s'est assis sur les bancs des visiteurs en attendant patiemment son tour. Quand, juste avant de passer à la barre, un homme d'une quarantaine d'années a écopé d'une peine de cinq ans de prison avec arrestation immédiate pour des faits de mœurs, l'homme de 31 ans a pris sa tête entre ses deux mains. Comme pour montrer qu'il avait compris qu'il jouait lui aussi une partie de sa vie.
Auto-stoppeuse
Une vie que ce Belge d'origine albanaise passe actuellement à ne rien faire, au chômage depuis un an et demi. "Depuis un an et demi ? s'étrangle le président du tribunal. Vous savez que la Belgique est le pays où il y a le plus de propositions de travail en Europe ? Si vous cherchez un travail, vous en trouvez un… Soit, venons-en aux faits."
Ces faits remontent au mois de mars 2022 à Hal, une ville flamande située à quelques kilomètres de Bruxelles. Ce soir-là, le Carnaval bat son plein et Julie* s'amuse avec ses amis quand elle décide de rentrer seule chez elle à pied. "Elle faisait du stop et je lui ai demandé où elle allait, explique le prévenu poursuivi pour viol et atteinte à l'intégrité sexuelle. Ce n'était pas un détour pour moi, donc je l'ai fait monter dans ma voiture. Je sentais qu'elle n'était pas dans un état normal, qu'elle avait sûrement bu de l'alcool."
Vous laissez une jeune fille saoûle n'importe où sur le bord de la route ?
- "Vous expliquez ensuite l'avoir déposée sur le bord de la route, lance le président. Vous l'avez déposée où ? (silence) Vous l'avez déposée où ? Vous pouvez répondre à ma question ?"
- "Elle n'arrêtait pas de changer son adresse de destination donc j'ai haussé le ton. Je me suis arrêté et je l'ai laissé sortir de la voiture."
- "Vous laissez donc une jeune fille saoule qui n'est pas dans son état normal n'importe où sur le bord de la route… Vous ne vous dites pas que c'est un rien dangereux ?"
Pour le procureur du Roi, l'histoire est totalement différente. Julie n'a pas fait de stop. Elle a été accostée par Chris qui s'est arrêté à sa hauteur lui proposant de la raccompagner. Une fois sur la route, il aurait ouvert son pantalon en lui demandant une fellation. "Comme une sorte de donnant-donnant, explique le procureur. Il a choisi consciemment de se rendre dans une voie sans issue et elle n'a pas osé refuser. Avant de s'enfuir par les champs et d'appeler ses amis en pleurs et dans un état total de panique."
- "Je conteste totalement ce qui est dit", crie l'accusé en faisant presque sursauter l'assemblée.
-"Au moins c'est clair, continue le président. Mais je me demande quand même pourquoi elle dit que vous l'avez abusée. Parce que…"
- (Il coupe) "Je conteste totalement, c'est elle qui a pris la fuite !"
- "Vous me laissez terminer ? Si vous voulez faire un monologue, on arrête tout tout de suite, mais ce ne sera pas dans votre intérêt ! Je reprends, enfin si j'y arrive… Pourquoi dit-elle que vous l'avez abusée ? Et pourquoi n'appelez-vous pas la police quand elle fuit ?"
- "Je ne sais pas répondre à ces questions…"
Si vous voulez faire un monologue, on arrête tout tout de suite !
Au moment de prendre la parole, l'avocat de la plaignante excuse l'absence de sa cliente. "Elle est encore sous traitement et ne se sentait pas capable de venir. Elle ne se sent pas en sécurité face à cet homme, elle fait des crises de panique et a subi un stress post-traumatique. L'accusé voulait exécuter son plan : un don contre un don. Il a fait exprès de s'arrêter en pleine forêt, au milieu de nulle part."
Après avoir entendu le procureur du Roi demander une peine de quatre ans d'emprisonnement, "une sanction dissuasive", Chris écoute la plaidoirie de sa défense qui ne vise qu'une chose : l'acquittement pur et simple au vu du bénéfice du doute profitant à l'accusé. "Il y a des incohérences, tout n'est pas clair quand on analyse le dossier en profondeur, conclut l'avocate avec fougue. Comme les timings avancés par la plaignante. Il ne savait pas où la déposer, il a haussé le ton et elle a pris la fuite en ayant peur. Au fond, on ne sait pas avec précision ce qu'il s'est passé ce soir-là…"
Le regard toujours aussi sombre que ses vêtements, Chris souffle en quittant la salle d'audience aux côtés de sa défense. Conscient qu'il vient de jouer une partie de sa vie. Remise en délibéré le 22 janvier.