Un attouchement sexuel "qui n'a jamais existé", des "relations consenties" et pas un viol : Thomas Rorive demande son acquittement
Le journaliste licencié par la RTBF pour atteinte à l'intégrité sexuelle d'une collègue est aussi poursuivi pour viol devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. Le prononcé est attendu le 25 mars.

- Publié le 17-02-2026 à 17h48
- Mis à jour le 18-02-2026 à 15h29

L'atteinte à l'intégrité sexuelle d'une collègue commise par Thomas Rorive lors d'une fête du personnel de la RTBF en octobre 2021 ? "C'est un geste qui n'a jamais existé", balaie Me Jean-Pierre Buyle, conseil de l'ex-journaliste du boulevard Reyers. Le viol, en janvier de la même année, d'une jeune femme au domicile du prévenu ? Des relations sexuelles "classiques et consenties", poursuit l'avocat. Au terme de deux heures de plaidoirie, la défense de M. Rorive a demandé mardi à la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles de "rétablir son honneur" et de l'acquitter ou, à défaut, de lui accorder le sursis simple.
La semaine dernière, la procureure avait réclamé six ans de prison ferme et cinq ans de mise à disposition du tribunal de l'application des peines. Pour le parquet, cela fait plus de vingt ans que Thomas Rorive agresse des femmes en se fichant de leur consentement. Le parquet a décrit le prévenu comme un "manipulateur", un "prédateur sexuel" et un" danger pour les femmes".
Un réquisitoire "injuste" et "gargantuesque"
La défense parle d'un réquisitoire "injuste" et "gargantuesque". Thomas Rorive a été licencié "comme un sauvage", sans préavis ni indemnité, assène Me Buyle. Viré une semaine après un événement organisé à Tour et Taxis par la RTBF pour ses employés. Une fête où l'alcool coule à flots. Entre minuit et une heure du matin, Rorive croise une collègue de la cellule Investigation à la sortie des toilettes. Il y a un incident. Une remarque lourde et déplacée qui lui vaut une pincette, selon le prévenu. Un attouchement sexuel appuyé, selon la victime qui affirme s'être défendue en le mordant au bras.
"Et c'est cette histoire qui est retenue comme faute grave !", s'indigne la défense. Qui évoque "une incohérence crasse" de l'ancienne collègue de Thomas Rorive. Si le prévenu avait eu un comportement déplacé, pourquoi la soirée se serait-elle poursuivie comme si de rien n'était ? Dans le petit groupe d'amis qu'ils ont tous deux réintégré après l'incident, personne n'a rien remarqué, poursuit l'avocat.
"Si la RTBF n'avait pas été derrière…"
Et quand Jean-Paul Philippot, l'administrateur général de la RTBF, a sifflé la fin de la récré, vers deux heures trente du matin, pourquoi a-t-elle voulu continuer la fête chez un technicien avec la même bande ? Finalement, elle ne participera pas à l'after. Le lendemain – le dimanche-, elle appellera Thomas Rorive pour lui demander comment s'est terminée la soirée, sans faire état de quoi que ce soit, ajoute la défense. Le lundi, elle se rend au service du personnel de la RTBF. Le vendredi suivant, Rorive est licencié. "Trois heures après, elle dépose plainte, parce que son employeur le lui demande", dit Me Buyle.
"Si la RTBF n'avait pas été derrière, on n'en serait pas là. Elle a remué ciel et terre pour que des plaintes soient déposées contre lui. Elles ont été suggérées dans le seul but de nourrir le dossier devant le tribunal du travail", accuse-t-il.
"Elle n'est pas à quatre pattes"
Au cours de l'enquête, d'autres faits ont été mis au jour. Tous sont prescrits. Des "dossiers poubelles", lâche Me Buyle. "Toutes ces femmes se connaissent et ont des liens avec la RTBF. D'autres ont été approchées et ont refusé de se prêter à cette mascarade."
L'avocat évacue de la même manière l'autre prévention, de viol, retenue contre son client. La plainte avait d'abord été classée sans suite, pour absence de charges suffisantes. Le parquet l'a exhumée alors qu'il n'y a aucun élément nouveau, ajoute-t-il. "Tout était consenti", affirme la défense.
Pour preuve, Me Buyle a présenté au tribunal trois captures d'écran provenant d'une video captée par la caméra de surveillance placée sur la cheminée du salon de Thomas Rorive, avec vue plongeante sur le canapé. On y voit sur ces clichés que la plaignante est "consciente", "aimante", "active" et "pas inerte". "Elle n'est pas à quatre pattes et ce n'est pas lui qui est couché sur elle", ajoute l'avocat.
"C'est scandaleux de devoir s'en expliquer"
Un argument qui fait bondir la procureure. "En vous entendant, je me dis qu'on a encore pas mal de chemin à faire sur la notion du consentement. Je trouve ces propos déplacés. Ils sont contraires à la définition légale." De ces trois photos, qui sont des instantanés, on ne peut pas déduire un consentement. "C'est scandaleux de devoir s'en expliquer."
Une position sexuelle n'est pas la démonstration du consentement, qui peut être retiré à tout moment, comme l'a cadré le législateur dans le nouveau code pénal sexuel entré en vigueur en juin 2022, place la procureure. Ce n'est pas celui-là qui s'applique, les faits étant antérieurs, réplique Me Buyle.
"Je n'ai aucun problème avec le consentement", répète à son tour Thomas Rorive, dans son dernier mot.
Le prononcé est attendu pour le 25 mars.