Une grand-mère incestueuse risque cinq ans de prison, dont deux ferme, pour ses "actes ignobles"
La sexagénaire a porté atteinte à l'intégrité sexuelle de deux de ses petits-enfants. Leur maman - sa fille aînée - avait subi les mêmes horreurs au même âge.

- Publié le 04-10-2026 à 10h25

Plonger dans l'intimité des familles, c'est souvent rouvrir des plaies. Gratter des cicatrices. "Et cela peut créer des douleurs insondables." Avant d'entamer son réquisitoire devant la 54e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles, qui traite principalement de faits de mœurs, le procureur du Roi pose ce préambule. Parce que le dossier examiné aujourd'hui – un inceste, sur deux générations- est particulièrement déchirant. Il est aussi singulier : c'est une femme âgée de 66 ans qui en est accusée. Madeleine* est toute habillée de rouge, jusqu'aux sandales. Elle doit s'aider d'une béquille pour se déplacer. Elle a des cheveux noirs teintés, une coupe plutôt courte, sans frange.
De l'autre côté de la barre, une quadragénaire blonde, qui tente de contrôler son émotion. Aline* est la fille aînée de Madeleine. Le procureur salue son courage : c'est très difficile d'être partie civile contre sa propre mère. D'autant, prévient-il qu'il va falloir dire les choses, parfois crûment.
Un air à couper au couteau
La prévenue, pensionnée de la Sûreté de l'État, célibataire, est poursuivie pour des atteintes à l'intégrité sexuelle de deux de ses petits-enfants, mineurs au moment des faits. Arthur* et Marine*, aujourd'hui âgés de 20 et 17 ans, sont les enfants de son aînée. Le monde d'Aline s'est écroulé il y a deux ans quand son fils, le premier, s'est confié sur les agissements de sa mamie. Elle a reconnu ce qu'elle avait elle-même vécu dans son enfance. Elle s'est alors constituée civile, au nom de ses enfants. Pour elle, c'était trop tard – il y avait prescription.
À l'audience, Madeleine n'a pas un regard pour Aline. Reconnaît-elle les faits ? "Oui", répond-elle d'un filet de voix. Ses mains tremblent. L'air de la salle d'audience est à couper au couteau. Tout au long de l'enquête, elle avait nié, évoquant un complot familial, des inventions, des mensonges, des calomnies.
Les déclarations des deux petits-enfants, recueillies séparément, sont pourtant tout à fait crédibles, indique le procureur. Aline* éclate en sanglots à l'évocation de ce qu'elle-même a subi quand elle avait six ans. Sa mère la déguisait avec des vêtements affriolants et ourlait ses lèvres de rouge pour ensuite l'insulter de "pute".
Des soutiens-gorges en dentelle
La grand-mère incestueuse s'exhibait devant son petit-fils. Les scènes rapportées par Arthur "ne peuvent pas sortir de son imagination", scande le procureur. Comme ce jour où elle avait disposé des raisins sur sa poitrine en demandant à Arthur de les manger. Une autre fois, c'étaient des pierres qu'il devait poser sur son corps nu, avant un acte encore plus inconcevable. Pendant le bain, la mamie effleurait les parties intimes des enfants avec des jouets Kinder. Elle s'est imposée dans la salle de bains jusqu'aux quatorze ans d'Arthur.
Marine a raconté que jusqu'à ses dix ans, sa grand-mère l'exposait, nue, debout sur la table à manger, pour lui mettre son pyjama. Un jour, elle l'a emmenée dans un magasin de lingerie en lui a fait essayer à des soutiens-gorges en dentelle, tout à fait inappropriés à son âge. Madeleine avait délibérément laissé le rideau de la cabine entrouvert. Les vendeuses en avaient été choquées.
L'enfant a toujours eu le sentiment d'être abusée par sa grand-mère, d'éprouver un malaise au fond d'elle, sans pouvoir mettre des mots dessus, indique le procureur.
"On a aussi fait des saletés sur moi"
"Je regrette ce qu'on me reproche", dit Madeleine, la voix toujours très faible. "C'est un moment d'égarement." Comment explique-t-elle ses actes à caractère sexuel ? "Je ne sais pas… J'adorais mes petits-enfants. J'ai la honte de ce que j'ai fait." Elle éclate alors bruyamment en pleurs. "On a aussi fait des saletés sur moi. Je n'ai jamais pu le dire à personne." Elle avait quinze ans. "C'est comme si je me vengeais de quelque chose. J'avais subi tant de méchanceté. C'était plus fort que moi".
Des paroles difficiles à entendre pour Aline. "La petite fille que j'étais a pardonné à sa mère. C'est pour ça que j'ai accepté qu'elle ait des contacts avec Arthur et Marine. Pour moi, une grand-mère, c'est une personne merveilleuse. La maman que je suis ne pardonne pas ce qu'elle a fait à mes enfants", dit-elle. "Jamais !"
Seule dans son petit coin
Pour le procureur du Roi, les aveux de Madeleine, en début d'audience, sont partiels et "presque opportunistes" : elle reconnaît certains faits, en minimise d'autres et nie les plus choquants. "Ce ne sont pas seulement des comportements problématiques : ce sont des infractions que la société punit. Ces actes sont inadmissibles mais aussi ignobles."
En tenant compte de la personnalité de la prévenue, de sa santé et de son âge, quelle serait la sanction la plus adéquate ? Madeleine dit qu'aujourd'hui, elle préfère "rester seule dans son petit coin", sans plus voir grand monde. Elle n'a jamais pris l'initiative de consulter un psy, mais se déclare prête à entamer un suivi thérapeutique. Ce serait indispensable, juge le procureur. Mais insuffisant. Il requiert cinq ans de prison, dont trois ans avec un sursis probatoire. La sexagénaire blêmit, prête à défaillir.
C'est une peine lourde, reconnaît le procureur. "Mais tant les faits, leur répétition et, plus encore, le comportement de madame qui se présente comme victime en permanence, justifie qu'elle passe une partie de sa peine en prison et ne se sente pas impunie."
La défense plaidera lors d'une prochaine audience.