Le modèle politique suisse peut-il inspirer la Belgique ?
Le modèle politique suisse peut-il encore nous inspirer ? Une étude de Vives propose une décentralisation et un pouvoir fédéral allégé mais plus décisif.

- Publié le 09-10-2019 à 06h29
- Mis à jour le 09-10-2019 à 06h30

Une étude de Vives propose une décentralisation et un pouvoir fédéral allégé mais plus décisif. Le modèle politique suisse peut-il encore nous inspirer ? L'économiste flamand Geert Noels évoquait, cet été dans le journal L'Écho, le modèle politique singulier de la confédération helvétique et les enseignements que la Belgique pourrait en tirer. La Suisse a une taille comparable à la Belgique. Elle s'appuie sur la même structure économique et le pays est également confronté à la complexité d'avoir à faire cohabiter plusieurs langues et autant de cultures.
Alors que l'on attend avec impatience la formation d'un gouvernement fédéral, c'est l'économiste Geert Jennes de Vives (Research Centrer For Regional Economics, lié à la KU Leuven) qui plaide pour une "véritable décentralisation" de la Belgique afin de débloquer une situation politique qui coince de partout.
"Fédéralisme, c'est mieux"
Le chercheur de Vives sait bien qu'il récoltera la tempête avec ses propositions audacieuses. Peu importe, il espère au moins qu'elles susciteront un débat d'idées aussi fécond que possible. Certes, ce ne sont que des pistes de réflexion mais elles peuvent peut-être nourrir le débat politique à plus long terme. Son étude entre dans une série de publications imaginant un autre modèle pour la politique belge. Elle porte le titre "Confédéralisme ? Fédéralisme, c'est mieux." Geert Jennes propose "une véritable décentralisation de la Belgique".
En suivant l'exemple suisse, il prédit une petite révolution car, avoue-t-il, le modèle helvétique présente pas mal de similitudes avec le belge, et donc il est intéressant de l'étudier de plus près. Dans une série de recherches sur l'actuelle impasse politique, le chercheur distingue quatre niveaux de pouvoir : le fédéral, les Régions et communautés, les autorités locales, et enfin des "pouvoirs métropolitains" à l'échelle des provinces actuelles. Ces nouvelles entités seraient compétentes pour les soins de santé. L'enseignement serait aux mains des autorités locales.
Un prérequis serait d'affaiblir les leviers de blocage des communautés française et flamande, qui leur permettent actuellement d'empêcher une politique fédérale "en mode confédéral".
Le fédéral vidé de sa substance ?
L'objectif est d'avoir un pouvoir fédéral plus décisif mais moins important en ordre de grandeur des compétences, œuvrant pour le bien-être du pays dans son ensemble. Le fédéral vidé de sa substance ? "Seules les matières qui ne peuvent pas être organisées localement plus efficacement sont régies au niveau fédéral. Les minorités géographiquement délimitées n'auraient pas le pouvoir de bloquer une politique fédérale mais auraient en revanche un rôle central et plus direct dans le domaine de compétences locales, renforcé par la décentralisation", affirme Geert Jennes.
Vives propose, en suivant le modèle suisse, de repenser les impôts pour les décentraliser en partie de telle manière que "celui qui utilise un service public est également celui qui en supporte le coût".
M. Jennes estime qu'en décentralisant, la Suisse a réussi à "valoriser" ses cantons qui se font donc concurrence, entre autres sur le plan fiscal, ce qui stimule l'excellence et la spécialisation. "Les frontières belges sont culturelles, linguistiques et politiques à la fois : une telle configuration entraîne inévitablement des blocages en tous genres", souligne Geert Jennes.
Pour progresser
Il faut dire que, contrairement aux Belges, les Suisses ne craignent pas le jeu démocratique. La classe politique est capable de travailler en équipe et de poursuivre un objectif commun sans pour autant jouer des coudes continuellement. Cette façon de travailler est inscrite dans leur ADN. Geert Jennes avoue ne pas avoir de baguette magique pour débloquer les négociations en vue de la formation d'un gouvernement fédéral. Mais certains éléments peuvent servir à faire progresser ceux qui sont à la manœuvre aujourd'hui. Même si la Belgique n'est pas la Suisse, à coup sûr. Comme le souligne Geert Noels : "La Suisse est une démocratie directe, fonctionne et nourrit des débats intenses avec, à la clé, la mise en œuvre des changements nécessaires. Elle coupe l'herbe sous le pied des populistes et des extrémistes sans devoir les bâillonner."