Hadja Lahbib n'a pas convaincu le PS et Ecolo, son poste de ministre est menacé
La ministre des Affaires étrangères est visée par plusieurs motions, visant à obtenir sa démission. Alexander De Croo l'a soutenue, mais les partenaires de majorité n'ont pas adhéré aux arguments. La suite dépendra du bras de fer qui va s'ouvrir entre le MR d'un côté, le PS et Ecolo de l'autre.

- Publié le 21-06-2023 à 21h35
- Mis à jour le 21-06-2023 à 21h53
Moins d'un an après avoir intégré le gouvernement fédéral, Hadja Lahbib (MR), dont c'était l'anniversaire ce mercredi, pourrait déjà voir son aventure ministérielle toucher à sa fin. Son poste ne tient plus qu'à un fil, en raison de l'octroi de visas à une délégation iranienne pour assister au Brussel Urban Summit.
La ministre des Affaires étrangères a été soumise, aux côtés du Premier ministre, a un feu nourri des parlementaires de la commission Affaires extérieures de la Chambre, ce mercredi. Six jours après son premier examen devant la Chambre, la seconde session n'a pas davantage convaincu les parlementaires, en dehors des libéraux.
Le soutien d'Alexander De Croo n'a pas suffi à éteindre le tollé. Le Premier a accepté de se mouiller, sans toutefois trop en faire. Alexander De Croo a confié avoir, le 7 juin, confirmé par mail au cabinet Lahbib qu'il n'avait pas d'objection à la venue d'une délégation iranienne.
Il a surtout dégainé un nouvel argument : il ne voulait pas "saboter la possibilité" de libérer de nouveaux détenus, ni "humilier l'Iran", même après la libération d'Olivier Vandecasteele.
Cette nouvelle ligne de défense s'est heurtée à une opposition cinglante. D'abord sur la procédure. "Mme Lahbib, vous avez formellement menti à la Chambre. Vous avez dit jeudi dernier que la délivrance des visas, le 8 juin, était la conséquence de l'avis de l'Ocam. Or, nous n'avons reçu que le 9 juin cet avis sur la participation du maire de Téhéran", a asséné Peter De Roover, chef de groupe N-VA. Il a soumis une motion demandant la démission de Hadja Lahbib pour "avoir menti".
Défi prévoit également de déposer une motion de méfiance ce jeudi, tandis que les Engagés plaident eux aussi pour une démission de la ministre.
Traditionnellement, les motions de l'opposition sont évacuées par une motion pure et simple de la majorité. L'Open VLD a pris cette initiative, mais le texte n'a jusqu'à présent été cosigné que par le MR…. Reste à voir comment se positionneront le PS, Ecolo, Groen et Vooruit, partis de la majorité.
La majorité a été particulièrement virulente
Mais ce n'est sans doute pas sur cette motion que se jouera l'avenir de la ministre. Le départ d'un membre du gouvernement se décide rarement par un vote. "Son sort dépendra de la pression que le MR et la ministre sont capables de supporter, mais aussi du positionnement du PS, d'Ecolo, de Groen et de Vooruit", nous confie un élu de la majorité.
Le problème pour Hadja Lahbib est que la majorité, à l'exception des libéraux (MR et Open VLD), s'est elle aussi montrée particulièrement virulente. "Il y a un changement de narratif complet, qui semble se faire sur le dos des otages. Vous n'avez pas tout dit au Parlement. Ne pas tout dire, c'est une omission. Et cela peut confiner à de la dissimulation. C'est inacceptable", a déclaré Malick Ben Achour, député PS. "Le dossier est accablant et les réponses ne sont que peu satisfaisantes, je suis désolé", a-t-il conclu dans sa réplique.
L'écologiste Samuel Cogolati a posé le même constat. "Vous avez estimé que l'invitation des Iraniens par Pascal Smet était 'une insulte à la Belgique'. Pourquoi avoir utilisé des mots aussi virulents à l'égard de l'Iran, s'il s'agit de faire preuve de prudence diplomatique ?", a-t-il asséné. "Le Premier ministre a dit la vérité, mais vous (Hadja Lahbib) ne l'avez pas fait jeudi dernier." Groen ne s'est pas montré plus conciliant, tandis que Vooruit a demandé à la ministre Lahbib de "reconnaître une erreur", pour restaurer la confiance. Un mensonge avéré devant le Parlement peut déboucher sur une démission, comme dans le cas de Sarah Schlitz (Ecolo).
Dans sa réplique, Hadja Lahbib a répondu avec un mélange de colère et de trémolos dans la voix, démentant fermement tout mensonge. "Il n'y a aucune contradiction entre mon intervention et les propos de jeudi", a assuré la ministre, en référence aux propos de Samuel Cogolati. "Certains ont insinué que mon président parlait à travers ma voix. C'est très mal me connaître. Je ne suis pas dans ces jeux politiques. Jeudi, je n'avais pas que 5 minutes, je ne pouvais pas rentrer dans tous ces détails."
Hadja Lahbib a également insisté sur les nécessités diplomatiques de la délivrance des visas et "la politique de siège de la Belgique". Elle a ajouté assumer ces propos de jeudi dernier. "Bruxelles a été salie, oui. On avait un évènement international qui devait permettre un dialogue avec des villes avec qui nous avons un dialogue difficile. Au lieu de ça on a créé une fameuse polémique."
Bouchez ne lâchera pas sa ministre
Les socialistes et écologistes lui objectent que, s'il ne fallait pas inviter ce maire iranien, il n'y a pas lieu de regretter cette occasion manquée de dialogue avec eux. "Vous avez jeté Pascal Smet devant le bus, mais il a suivi la politique du gouvernement (fédéral), car il ne voulait pas lui non plus offenser Téhéran", a lancé Peter De Roover.
La suite ? Les débats se poursuivront ce jeudi, en séance plénière, tandis que se dérouleront ces prochaines heures des discussions entre partis de la majorité, ministres et présidents de parti.
Hadja Lahbib, bien que politiquement fragilisée, s'est montrée combative ce mercredi. Son sort dépendra avant tout de la volonté des socialistes et écologistes d'aller au bout de leur logique. Les parlementaires de ces formations sont apparus particulièrement remontés contre la ministre. Mais la décision n'est pas entre leurs mains. Les dirigeants du PS et d'Ecolo seront-ils prêts à aller jusqu'au bout des choses, sachant que Georges-Louis Bouchez, qui a désigné Hadja Lahbib joue gros dans cette affaire ? Le Montois n'a aucune intention de lâcher sa ministre. Au vu de l'enjeu, une démission peut, on ne peut l'exclure, constituer une question de gouvernement et mener, éventuellement, à sa chute. Les prochains jours, voire les heures qui viennent, seront décisifs.