"Ce sont les oligarques russes qui financent l'aide belge à l'Ukraine"
Le député Georges Dallemagne (Les Engagés) estime que la transparence sur l'aide belge à l'Ukraine laisse franchement à désirer.
- Publié le 20-10-2023 à 06h31
- Mis à jour le 09-11-2023 à 13h37

Comment réagissez-vous à l'annonce, faite par le Premier ministre, de la constitution d'un fonds pour l'Ukraine doté de 1,7 milliard d'euros en 2024 ?
Alexander De Croo a dit sa fierté de ce que la Belgique est le premier pays européen à constituer un tel fond. Outre le fait que personne ne semble savoir ce qui sera fait de cet argent, on a quand même envie de dire au Premier ministre qu'il n'y a rien de formidable à cette grande première, puisque ce fond est constitué des recettes fiscales sur les avoirs russes bloqués en Belgique. Grâce à Euroclear, la Belgique détient à elle seule 250 milliards d'euros d'actifs russes gelés, soit 72 % de la totalité des sommes bloquées en Europe. Soyons donc de bon compte, ce sont les oligarques russes qui financent l'aide de la Belgique à l'Ukraine. Ce qui aurait été vraiment décent, c'est que la Belgique annonce enfin une aide sur ses deniers propres à la hauteur de ses fortes déclarations de soutien indéfectible à l'Ukraine.
Y a-t-il, selon vous, un manque de transparence par rapport à ce qu'est le soutien réel de la Belgique à l'Ukraine ?
Complètement. La clarté sur cette aide laisse franchement à désirer. Les chiffres sont peu précis, incomplets, parfois exagérés. Par exemple, selon l'institut Kiel qui monitore l'aide mondiale à l'Ukraine, la Belgique aurait fourni pour 310 millions de dollars d'aide militaire. En réalité, elle est à ce jour de 209 millions d'euros. Je rame depuis des mois pour tenter d'obtenir et de rassembler les données chiffrées. J'ai beau multiplier les questions parlementaires et les coups de téléphone aux administrations concernées, le puzzle des aides fournies ou promises reste nébuleux. Les ministres et les fonctionnaires sollicités ont eux-mêmes bien du mal à s'y retrouver. La manière dont les fournitures d'armes provenant de nos stocks sont valorisées est par ailleurs assez opaque. L'institut Kiel classe d'ailleurs notre pays à une très médiocre dix-neuvième place en matière de transparence de l'aide.
Notre enquête révèle que la Défense belge tente de se faire rembourser, via le mécanisme de facilité européen, notamment le coût de quinze missiles AMRAAM cédés à l'armée ukrainienne. Votre réaction ?
Vos informations recoupent en effet les miennes. À cette occasion, le gouvernement belge réalise une belle opération budgétaire, triplement gagnante. Il fournit des missiles AIM-120B qu'il valorise au prix neuf alors qu'ils ont l'âge de nos F-16. Il se rembourse une première fois grâce aux avoirs russes. Il demande en même temps le remboursement de l'intégralité de cette somme à l'Europe, sous l'argument que cette arme lui est indispensable et constitue un matériel essentiel de sécurité et, pour couronner le tout, il en profite pour acheter des missiles AIM-120C8 qui ne sont pas compatibles avec les F-16, mais devraient équiper nos futurs F-35. Voilà ce qui me semble être un joli tour de passe-passe sur le compte de la guerre en Ukraine. Et, cerise sur ce copieux gâteau, cela permet de diminuer en "stoemelings" la facture des F-35 qui s'annonce beaucoup plus salée que prévu.