Sammy Mahdi: "Il y a beaucoup de défis à relever, nous n'allons pas tout bloquer pour une réforme de l'Etat"
Les deux partis centristes feront cause commune à Bruxelles sur une liste estampillée "Les Engagés". Les présidents Prévot et Mahdi veulent renforcer leurs liens et se présenter unis en vue de la formation du prochain gouvernement fédéral.


- Publié le 02-12-2023 à 07h16
- Mis à jour le 02-12-2023 à 07h18

Les gens votent de plus en plus pour des partis qui défendent des idées radicales. Comment pouvez-vous faire la différence en tant que centristes ?
SM : Les gens votent pour des idées, mais ils votent aussi pour des partis qui savent se positionner clairement dans un camp ou un autre. Tout le monde est d'accord avec le fait qu'il faut diminuer les impôts sur le travail et augmenter le salaire net, mais personne n'avait rien mis de concret sur la table du gouvernement jusqu'à ce que Vincent Van Peteghem vienne avec sa proposition de réforme fiscale. Il a osé faire l'exercice. C'est typiquement ce qui est important pour nous. Être un parti qui investit dans l'accueil de la petite enfance, un parti qui respecte les personnes âgées, qui respecte le monde agricole et les communes rurales, qui veut un pacte migratoire fort… Autour de tous ces aspects, nous ne voulons pas uniquement présenter aux électeurs un modèle politique, mais aussi un menu détaillant ce qui se trouvera précisément dans les politiques que nous voulons mener.
M. Prévot, vous avez salué le travail des ministres Verlinden et Van Peteghem. Que pensez-vous de l'action de Nicole De Moor (CD&V), secrétaire d'État à l'Asile et la Migration ?
MP : C'est une problématique sur laquelle nous avons une position plus nuancée. L'idée de mener une politique dite "ferme et humaine" est logique. Par contre, faire le tri dans l'accueil entre les hommes ou les femmes et enfants, c'est quelque chose sur laquelle on est moins aligné… Mais ce n'est pas grave ! Il y a des sujets sur lesquels on n'aura pas la même sensibilité. Sur les questions éthiques ou institutionnelles, par exemple. Et ce n'est pas grave. Plutôt que de faire tourner la politique autour des différences et des divisions, essayons de capitaliser sur ce qui rassemble pour obtenir des résultats.
SM : La seule question, pour nous, c'est : quels sont les partenaires avec lesquels nous pouvons mener à bien les réformes dont notre pays a besoin ? Beaucoup de gens en Belgique – Flamands, Wallons, Bruxellois – sont à la recherche de personnes prêtes à relever les défis ensemble, en dépit de leurs divergences.
Mon parti n'a pas peur d'une réforme de l'Etat. Mais si c'est pour dépecer l'Etat dans la logique de De Wever, ce sera sans nous
Mais ces points de divergence entre vous, il faudra bien les affronter. Notamment en cas de négociations sur une réforme de l'État.
SM : Au niveau institutionnel, ce que nous voulons tous les deux, ce sont des compétences organisées de manière plus homogène entre le fédéral et les entités fédérées, et gérées de manière plus efficiente. Nous sommes prêts à en parler. Cela dit, il y a beaucoup de défis à relever et nous n'allons pas tout bloquer en disant "c'est le confédéralisme ou rien". Pour Bart De Wever (président de la N-VA), sans confédéralisme, plus rien n'est possible. Il bloque tout. C'est le nouveau "Monsieur Non" !
Vous dites qu'une réforme de l'État n'est pas une priorité ?
SM : Non, mais ce n'est pas le seul enjeu ni le plus important. L'État doit mieux fonctionner – et j'espère trouver des partenaires pour y arriver. Mais je ne veux pas bloquer le pays en disant que "ce sera ça ou rien", et surtout pas exiger le confédéralisme de la N-VA qui cache une vision séparatiste. Nous voulons relever les défis sur le plan de la sécurité, de la migration, de l'économie, du pouvoir d'achat, de la santé… C'est cela qui inquiète les gens dans les cafés ou sur les marchés.
MP : Mon parti n'a pas peur d'une réforme de l'État. La question est : quelle réforme de l'État ? Si c'est pour dépecer l'État dans la logique de De Wever, ce sera sans nous. Si c'est pour améliorer la qualité des politiques et réduire le gaspillage d'argent public, je suis preneur.