En campagne avec Julie Taton : "Georges-Louis Bouchez m'a dit qu'il croyait en moi"
Julie Taton, figure médiatique bien connue du grand public, s'est lancée en politique en janvier dernier seulement. Pour La Libre, elle révèle un bout de sa campagne sur le terrain.

- Publié le 07-06-2024 à 07h12
- Mis à jour le 07-06-2024 à 09h23

Il fallait être patient. Très patient pour organiser un rendez-vous avec Julie Taton, deuxième sur la liste fédérale du MR dans le Hainaut. Après plusieurs échanges, pendant plusieurs semaines, un rendez-vous est finalement fixé avec l'ancienne animatrice vedette pour la suivre durant son "Taton-on-tour".
Ce vendredi-là, la néo libérale propose de se retrouver à 13 heures à proximité de la gare de Charleroi. Deux cafés et 45 minutes plus tard, l'ex-miss Belgique apparaît enfin. Elle s'excuse mille fois. Pour le retard dû aux embouteillages. Et pour ces rendez-vous manqués à cause d'une campagne "très rock". Lorsque nous l'interrogeons sur une possible volonté d'éviter la presse, elle dément fermement. "Pas du tout, insiste-t-elle. On parlera de tout ce que vous voulez, sans tabou, pendant les trajets. Là, on y est enfin et j'en suis heureuse." Puis, de lancer d'un ton énergique : "Let's go ! Le planning est serré, ne perdons plus une minute."
À l'intérieur du SUV qui lui sert de "Taton-mobile", nous retrouvons Natacha Leroy, première suppléante sur la liste MR dans le Hainaut, qui fait campagne avec Julie Taton. "On reprend la route vers Montigny-le-Tilleul, Jamioulx, Gilly puis Binche", entend-on.
Les adresses sont encodées dans le GPS. Les ceintures attachées. Ne reste qu'un détail avant de démarrer : le choix de la musique. Natacha Leroy, au volant, préfère des chansons françaises plutôt classiques. "Mon papa m'a toujours appris que c'est celui qui conduit qui décide de la musique. Donc je respecte cela, glisse Julie Taton. Mais j'ai quand même très envie d'écouter un truc plus punchy…". Très conciliante, Natacha Leroy accepte. Et c'est au rythme de "Father Ocean", de l'artiste électro-pop Monolink, que le "Taton-on-tour" reprend.
"J'estimais que je n'étais pas légitime"
"En fait, le Taton-on-tour, c'est parti d'échanges avec des personnes qui interagissaient avec moi sur les réseaux sociaux. Des gens m'ont proposé de les rencontrer pour qu'ils accrochent mes affiches, raconte la candidate. Ce qui n'était qu'une blague est devenu sérieux quand de nombreuses personnes ont insisté pour une rencontre. C'est comme ça que je me suis donc retrouvée à aller chez les gens, à la maison, pour papoter et expliquer les raisons de mon engagement."
En plus des brocantes, des marchés et une tournée des carnavals, Julie Taton a donc aussi fait une sorte de porte-à-porte à la demande. "Ce contact privilégié avec les citoyens est très instructif. D'autant qu'à chaque fois, j'ai été accueillie chaleureusement."
Nous demandons alors comment se passent les échanges avec les futurs électeurs rencontrés. "La question qui revient fréquemment concerne la procédure pour voter, explique Julie Taton. Les gens ont besoin de savoir comment cela fonctionne d'un point de vue pratico-pratique. Puis on me demande aussi pourquoi j'ai choisi de quitter la radio pour la politique." Bonne question, rétorque-t-on. En ajoutant : et pourquoi le MR ? "Parce que je suis une libérale dans l'âme depuis toujours, dit-elle du tac-au-tac. Mon papa a été le chauffeur de Joëlle Milquet, donc j'ai eu un contact avec le monde politique très tôt. Cela m'a permis d'apprendre beaucoup, sans pour autant avoir une couleur politique. Mais au fond de moi, je savais que j'étais libérale."
Elle poursuit : "Puis Georges-Louis Bouchez [qu'elle n'a pas arrêté d'encenser NdlR] est venu me chercher. Au début, j'estimais que je n'étais pas légitime. Mais il a dit qu'il croyait en moi et en mes capacités. J'ai poliment refusé, mais la proposition était dans un coin de ma tête. J'étais à un tournant de ma vie. À 40 ans, je me disais qu'il n'y avait pas de hasard dans les opportunités que la vie nous offrait. Le 8 janvier, j'ai de nouveau parlé avec Georges-Louis. Il m'a dit vouloir une réponse définitive le 14 janvier, se remémore-t-elle. La nuit du 14, je n'ai pas dormi, dit-elle en riant. Vers 4h du matin, je me suis dit : 'Let's go'.

Subitement, alors que nous étions à proximité de l'adresse indiquée à Gilly, un lambda interpelle Julie Taton. Il lui propose d'accrocher son affiche sur sa porte, aux côtés de celle du candidat PS Thomas Dermine. Ravie, la libérale accepte, puis échange avec ce parfait inconnu. Quelques accolades plus tard, la candidate remonte dans le véhicule et s'exclame : "C'est ça que j'adore ! Ces rencontres inattendues. Les gens ont tant à nous apprendre."

Apprendre d'abord, débattre ensuite
Si elle n'est pas encore véritablement dans l'arène, Julie Taton le sait pertinemment : pour faire de la politique, outre la volonté, il faut un programme. Et des idées à défendre. "L'un de mes combats concerne l'accompagnement des personnes qui, comme mon fils Côme, sont porteuses d'un handicap (il est atteint du X fragile, NdlR). On m'a répété que je pouvais porter la voix de parents et d'enfants concernés. Voilà pourquoi je me lance."
Vient alors la question qui fâche : pourquoi avoir refusé des interviews où elle aurait pu défendre les idées ici évoquées ? "J'ai accepté quelques interviews. Peu, mais je n'ai pas refusé, se défend-elle. Ce qui est vrai, par contre, c'est que je n'ai pas envie de me retrouver dans un débat face à des personnalités engagées en politique depuis des années alors que, moi, j'apprends encore. Une interview pour faire le buzz, ça ne m'intéresse pas. Je veux d'abord être au contact des citoyens et apprendre la politique sur le terrain", argumente-t-elle.

Et de conclure : "Vous savez, j'entends les critiques, mais je passe outre. Quand on a été Miss Belgique à 18 ans, les insultes tombent très vite. On me considère comme la blonde écervelée et on m'a même déjà dit 'retourne dans ta radio et occupe-toi de tes enfants'. Je ne vais pas dire que ça ne me fait rien, mais avec le temps, j'ai appris à me blinder. Je n'ai pas peur de ce qui m'attend et j'ai hâte d'entamer la vie politique post-campagne électorale. Je suis prête."
