Samuel Cogolati (Ecolo) :"Il faudra se regarder dans le miroir pour casser ce cycle infernal de victoires électorales toujours suivies de défaites"
Samuel Cogolati a été élu samedi à la coprésidence d'Écolo avec sa collègue Marie Lecocq. Ils veulent porter l'écologie populaire en vue des élections communales du mois d'octobre.

- Publié le 15-07-2024 à 06h32

Un verdict sans appel pour l'élection à la coprésidence d'Écolo. Le binôme de la jeunesse incarné par le Wallon Samuel Cogolati (35 ans) et la Bruxelloise Marie Lecocq (32 ans) l'a emporté avec 70 % des voix des plus de 800 militants présents, samedi, à Louvain-la-Neuve, contre l'expérience de Marie-Colline Leroy et Gilles Vanden Burre (respectivement secrétaire d'État fédérale sortante et ancien chef de groupe à la Chambre). La nouvelle coprésidence aura fort à faire pour redresser le parti après la déconvenue des élections du 9 juin. Pour Samuel Cogolati, l'heure est à "l'écologie populaire".
Peu de choses différenciaient votre binôme de vos adversaires pour cette élection interne. Ce sont vos personnalités qui ont fait la différence ?
Il y avait clairement une question de personnalités, d'incarnation, d'envie de renouveau. Les militants ont aussi fait un choix assez clair pour notre projet fondé sur une écologie populaire, plus proche des gens, de leurs préoccupations du quotidien, qui réconcilie fin du monde et fin du mois. Une écologie de terrain, d'autant plus à l'approche des élections communales (du 13 octobre prochain), là où on a des mandataires – comme Claudia Niessen à Eupen, Christos Doulkeridis à Ixelles ou Jean-Michel Javaux à Amay – qui sont des personnalités hypercrédibles de l'écologie politique et des fers de lance de l'écologie populaire.
Écolo incarnait une écologie hors-sol, qui ne parlait pas assez aux citoyens ? C'est cela qui explique la défaite du 9 juin ?
C'est implacable : notre récit n'a pas convaincu. Un moment d'évaluation viendra, mais l'un des éléments que je détecte, c'est qu'on a beaucoup parlé d'avenir et de générations futures – et c'est logique en tant qu'écologistes – mais pas assez de ce que cela veut dire "ici et maintenant" pour les électeurs, pour leur fin du mois, pour leurs revenus ou leur pension. Avant de convaincre les gens sur leur avenir, on doit les convaincre sur les réponses qu'on apporte pour améliorer leur quotidien. Nous devons devenir la berge qui protège les gens, à la fois contre les inondations, mais aussi contre toutes les coupes budgétaires qui se profilent, notamment dans la santé ou l'enseignement, avec les majorités de droite qui se mettent place.
Cela va être compliqué de renverser la tendance d'ici les élections d'octobre, non ?
On embarque évidemment dans un train lancé à toute allure, mais avec Marie Lecocq, on a envie d'incarner une coprésidence de terrain. On a hâte d'aller renforcer les batailles de nos mandataires communaux sur le terrain. Les meilleurs alliés de l'écologie populaire, ce sont nos élus locaux qui montrent que l'écologie, c'est du concret : des cantines scolaires avec des produits du coin, de qualité et accessible, des logements sociaux mieux isolés, des transports en commun plus accessibles.
Notre touche, c'est d'abord une posture d'écoute. Nous allons nous reconnecter avec les gens. Vous connaissez ma passion pour le porte-à-porte. Cela deviendra notre sport favori, à Marie Lecocq et moi.
Tous ces projets, Écolo les porte depuis longtemps. Pourtant, cela n'a pas convaincu le 9 juin. Quelle est la touche du duo Lecocq-Cogolati ?
Notre touche, c'est d'abord une posture d'écoute. Nous restons humbles, nous allons nous reconnecter avec les gens dans la rue, les écouter, comprendre ce qui n'a pas été. On a envie de montrer que l'écologie populaire n'est pas juste un slogan, mais une nouvelle culture de l'écoute et de la proximité chez Écolo. Vous connaissez ma passion pour le porte-à-porte. Cela deviendra notre sport favori, à Marie et moi.
Selon vous, la génération précédente des décideurs d'Écolo était dans une posture trop élitiste, voire arrogante, avançant des solutions sans tenir compte de l'avis des gens ?
D'abord, on aura besoin de toutes les énergies pour nous redéployer. L'écologie a pu être diabolisée ces dernières années comme une écologie réservée à certains nantis, alors que ce n'est pas le cas. Quand on se bat contre les dérèglements climatiques, on se bat aussi contre les effets dévastateurs des inondations qui ont touché en premier lieu les personnes les plus défavorisées qui vivaient dans les vallées. L'écologie répond avant tout aux personnes les plus fragiles, mais il va falloir l'incarner.
Philippe Lamberts, ancien eurodéputé Écolo, a eu des mots très durs contre les anciens dirigeants, citant les Nollet, Javaux, Doulkeridis, Huytebroeck… À vous entendre, vous comptez encore vous appuyer sur eux.
Il y a une nouvelle coprésidence, et cela représente un moment rafraîchissant pour l'écologie politique. Mais nous serons fédérateurs. On aura besoin de tout le monde, à commencer par Marie-Colline Leroy et Gilles Vanden Burre. On serait fous de se priver de toutes les bonnes intelligences.
Écolo semble incapable de sortir de ce cycle des années en 9 (1999, 2009, 2019) où il gagne les élections, puis des années en 4 (2004, 2014, 2024) où il les perd après avoir exercé le pouvoir. Écolo a un problème avec l'exercice du pouvoir ?
Si je regarde 2024, je constate que les partis les plus loyaux (envers les décisions des gouvernements, NdlR) ont été sanctionnés. Et que le parti de celui qui faisait de la "particip-opposition", Georges-Louis Bouchez (MR), est sorti vainqueur. Cela pose question. Il y a aussi un contexte européen avec un rouleau compresseur des idées d'extrême droite, des droites nationalistes et conservatrices. Je suis fier de notre bilan dans les gouvernements : les transports en commun quasi gratuits pour les jeunes et les seniors, des logements sociaux rénovés, l'inscription du crime d'écocide dans le Code pénal, le triplement de l'éolien en mer du Nord… Là où le bât blesse, c'est dans notre capacité à rendre visible ce bilan. Il faudra se regarder dans le miroir et se poser les bonnes questions pour pouvoir casser ce cycle infernal des années en 4 et en 9.