Georges-Louis Bouchez : "Je crains moins la Commission européenne que les marchés financiers. La situation de la Belgique est très sérieuse"
Le patron du MR plaide pour que tous les présidents de parti de la coalition Arizona montent dans le prochain gouvernement afin de mettre en œuvre des réformes d'envergure.


- Publié le 21-12-2024 à 14h00
- Mis à jour le 21-12-2024 à 14h01

Dans les négociations gouvernementales, le MR et la N-VA semblent former un axe sur à peu près tous les dossiers, sauf l'institutionnel. C'est exact ?
Oui. En Belgique, les deux partis qui se ressemblent le plus, ce sont la N-VA et le MR. On est très proches sur le socio-économique, la sécurité, l'asile et la migration, aussi sur notre conception de l'État…
Ces négociations, c'est une opposition entre vous deux et les trois autres (Engagés, CD&V, Vooruit) ?
C'est plus nuancé. Ça dépend des thématiques.
La fiscalité reste le point le plus sensible ?
Il y a deux conceptions de la société autour de la table. Certains partis disent que tout le monde doit faire des efforts, y compris par la fiscalité, pour résoudre la situation budgétaire. Et puis, il y a notre vision qui consiste à dire qu'on est dans le pays qui a les plus hauts prélèvements publics – plus de 330 milliards d'euros par an, tous niveaux de pouvoir confondus – et que, sur cette base, tout l'effort doit être fait en réductions de dépenses et en réformes. Tout le débat, il est là-dessus. On n'a pas besoin d'argent en plus, on a besoin d'une réforme de structures et de fonctionnement. La SNCB, aujourd'hui, elle est inefficace. Elle n'a pas besoin d'argent en plus, elle a besoin d'être réformée. Partout, on nous dit qu'il faut du pognon. Les routes ne sont pas en bon état, il faut du pognon. L'enseignement, ça ne va pas, il faut du pognon. Il faut du pognon dans la police, dans la justice. Partout. Ça s'arrête où ? On a un problème d'organisation de l'État et de structures.
Les cinq partis autour de la table semblent d'accord de réduire le train de vie de l'État, non ?
Je dois avouer que, sous la conduite du formateur Bart De Wever (N-VA), la vision que je viens de vous exposer gagne du terrain. On parle d'un effort compris entre 20 et 25 milliards sur la législative. C'est inédit ! Mais les vieux réflexes sont toujours là. Quand il faut commencer à supprimer un subside à 4 millions pour une structure dont personne ne sait à quoi elle sert, ça reste compliqué.
Je suis favorable à ce que tous les présidents de parti montent dans le prochain gouvernement fédéral.
Monterez-vous dans le prochain gouvernement ?
On verra, mais je pense que ceux qui négocient doivent monter dans le gouvernement. Si ce n'est pas le président, alors le numéro 2 – David Clarinval au MR. La situation est tellement sérieuse qu'il ne serait pas absurde que tous les présidents de parti montent autour de la figure de Bart De Wever.
Il y est favorable, non ?
Je pense qu'il y est favorable. J'y suis également très favorable. En tout cas, ce gouvernement ne peut plus se taper le blocage de la coalition Vivaldi. C'est d'ailleurs pour cela que la négociation prend du temps. On aura un accord très détaillé. Quand on doit faire de grandes réformes et qu'on doit les faire vite, ce n'est pas plus mal que le planning soit clair. On a déjà perdu six mois. Les six prochains mois seront décisifs. Il faut faire des réformes très rapidement pour se protéger.
Se protéger de quoi ?
Je crains moins la Commission européenne que les marchés financiers. Heureusement que la Commission est là pour veiller à la bonne tenue des comptes publics. Mais elle va avoir un champ d'action limité. La France est dans une telle catastrophe que si la Commission est sévère avec nous, qu'est-ce qu'elle va faire de la France ? C'est un peu la logique du "too big to fail". Moi, ce sont surtout les marchés financiers qui m'inquiètent. La Belgique est une très belle cible pour eux. Je ne crois pas à un scénario à l'amplitude grecque, mais le risque, ce sont des taux d'intérêt qui augmentent, des projets qu'on n'arrive plus à financer, un ralentissement de l'activité économique, une inflation à gérer. Je ne suis pas certain qu'on sera encore en capacité de garantir l'avenir de notre pays si on ne réagit pas rapidement. La situation est très sérieuse.