Pierre-Yves Jeholet : "Faire de la défense un secteur stratégique ça ne s'improvise pas"
Le ministre wallon de l'économie détaille la stratégie wallonne pour faire de la Défense un secteur de pointe au sud du pays.

- Publié le 11-08-2025 à 06h41

Les conflits armés importants dans le monde d'aujourd'hui font-ils des heureux ? Il est peut-être cynique de l'écrire de cette manière, néanmoins, le secteur de la Défense se frotte les mains face aux perspectives économiques pour les prochaines années. En effet, les besoins au niveau européen et belge – même si on ignore encore comment le gouvernement Arizona va financer ses ambitions en la matière – sont plutôt porteurs pour les entreprises d'armements installées dans notre pays.
Et c'est en Wallonie que le secteur est le mieux implanté. Avec 2 milliards de chiffre d'affaires annuel en Belgique, dont 1,8 milliard pour les entreprises wallonnes et 4 800 emplois (dont 4 000 en Wallonie), les entreprises qui travaillent dans l'armement sont loin d'être négligeables. Et si on ajoute la sous-traitance, on évoque 13 000 emplois et 4 milliards de chiffre d'affaires.
Pour le ministre wallon en charge de l'Économie, Pierre-Yves Jeholet, la montée en puissance des entreprises wallonnes actives ne peut pas se faire n'importe comment. Si en Flandre on se demande comment s'inscrire dans cette dynamique, pour le ministre wallon, c'est sur la Wallonie qu'il faut miser. "Il y a eu beaucoup d'annonces à d'autres niveaux de pouvoir, mais je crois que faire de la Défense un secteur stratégique, cela ne s'improvise pas", envoie-t-il gentiment à l'adresse de Théo Francken, (N-VA), le ministre de la Défense dont la vision nationaliste ne peut être mise de côté. Pour Jeholet, il est essentiel de "consolider notre écosystème alors que la Flandre doit créer le sien. Nous avons en Wallonie des entreprises reconnues au niveau international comme la FN, Thalès, la Sonaca, John Cockerill, etc. "
Au niveau wallon, pour accompagner cette montée en puissance des entreprises du secteur de l'armement, on a commencé à agir. "Il y a quelques semaines nous avons recapitalisé la FN via Wallonie Entreprendre par un apport de 100 millions d'euros". Il faut aller plus loin en rapprochant nos entreprises des entreprises européennes du secteur pour atteindre une masse critique plus grande au niveau international. Certaines le font déjà. Il est essentiel aussi que les centres de décision restent en Wallonie". Dans le même ordre d'idée, Wallonie Entreprendre, le bras financier de la Région a pour mission d'investir "750 millions d'euros au niveau industriel dans les cinq ans qui viennent avec une grosse part pour le secteur de la Défense".
Concentrer les moyens vers un secteur stratégique
Outre les investissements, la Wallonie travaille aussi sur une modification du décret relatif aux licences d'exportations d'armes. Si c'est le ministre-Président, Adrien Dolimont (MR) qui s'en charge, pour Pierre-Yves Jeholet, il faut rendre moins strict le mécanisme actuel. "Il est essentiel de créer des conditions de concurrence équitables par rapport aux autres entreprises européennes. Chez nous c'est trop contraignant".
En matière d'innovation, le ministre considère que le sud du pays a aussi une carte à jouer. "On voit qu'en matière de drones notamment, la guerre en Ukraine a accéléré les choses. Et en Wallonie nous avons une bonne connaissance de cette technologie. Cela peut aider à faire de la défense un secteur stratégique en Wallonie. Il est nécessaire de reconcentrer les moyens publics vers les secteurs que nous considérons comme stratégiques".
La Wallonie a mis en place aussi une task force Défense via Wallonie Entreprendre. "La mission de cette task force est de prendre contact avec toutes les PME actives dans le secteur et de voir les besoins qui sont les leurs et leurs capacités pour répondre aux besoins de l'armée belge et des armées européennes. Il s'agit aussi d'identifier les programmes européens qui se mettent en place pour permettre à nos entreprises d'y participer". Tout cela dans l'idée aussi de créer de l'emploi. "Il y a un potentiel important, Agoria considère que l'on peut en créer 9 000 au niveau belge".
Un changement de mentalités
Enfin, le ministre wallon voit aussi une évolution positive dans les mentalités par rapport à un secteur longtemps très mal considéré, selon lui. "Les entreprises nous disent qu'elles reçoivent de plus en plus de candidatures spontanées envoyées par des gens qui veulent travailler dans le secteur de la Défense. Il y a une plus grande acceptabilité de travailler dans ce secteur".
Il y a quelques mois, la Wallonie et le Fédéral annonçaient leur volonté de signer un protocole d'accord avec les régions pour éviter "la concurrence entre elles. Le ministre Francken est volontariste, il est élogieux par rapport aux entreprises wallonnes mais je reste vigilant sur la part de retombées économiques qui devront revenir à la Wallonie. Et si on veut développer de nouveaux sites de production, il me semble important de la faire chez nous puisque les entreprises sont déjà là", conclut-il.