Pourquoi il faut parler du porno aux enfants
- Publié le 15-07-2019 à 06h30
- Mis à jour le 15-07-2019 à 09h51

À 11 ans, 90 % des enfants ont déjà vu des images pornos sur Internet. À cet âge, ils ne disposent pas des codes pour les déchiffrer. Surtout, ne pas les laisser seuls…
Deux clics suffisent pour qu'un ado, voire un enfant, bascule dans le monde de la pornographie. Aucun môme n'y échappe. Aucun. À moins de vivre sur la lune. Les parents auront beau tout faire pour y échapper : verrouiller le smartphone du gamin avec un code, brouiller le Wifi, bloquer l'accès aux chaînes X… Malgré toutes ces précautions, des images inadaptées s'imposeront sur le téléphone d'un copain, dans la cour de récré, chez les scouts, au stage de foot ou de danse.
À 11 ans, 90 % des élèves ont déjà été confrontés à du porno. C'est choquant, mais le déni ne sert à rien. Fermer les yeux n'est pas la solution. "La seule façon de les préparer à ce qui risque de tomber sous leurs yeux, c'est d'en parler avec eux", affirment Anne de Labouret, spécialiste en rééducation de l'écriture, et Christophe Butstraen, médiateur scolaire dans le Brabant wallon et ancien prof de sciences-géo, qui viennent de publier un petit livre très éclairant sur les dégâts collatéraux de la culture pornographique sur les enfants.
Si on tape "orgie" sur Google…
Au cours de leurs parcours professionnels, les coauteurs de Parlez du porno à vos enfants avant qu'Internet ne le fasseont recueilli des témoignages qu'ils ont intégrés dans les pages du livre. Comme celui d'Oscar, 11 ans, rentré du collège avec deux copains pour préparer un exposé sur "l'alimentation au temps des Romains". Les gamins ont tapé "orgie" – un mot en rapport avec leur sujet – sur Google Images. La maman d'Oscar les a retrouvés happés par l'écran de l'ordi. La raison ? Faites juste le test pour comprendre…
La pornographie 2.0 est désormais accessible à tous et à toute heure. "Il est illusoire de croire que votre enfant sera préservé et passera à travers les mailles de la toile", indiquent Anne de Labouret et Christophe Butstraen.
Mais les enfants ne disposent pas des codes pour déchiffrer ce qu'ils voient en ligne, par accident ou par curiosité. Certains échanges glanés sur des forums d'ados sont édifiants. Un exemple : Clément, 16 ans, qui a regardé beaucoup de films X, raconte sa première tentative de rapport sexuel – un fiasco total. C'est quand sa petite copine s'est déshabillée que tout a dérapé, explique-t-il. Il n'avait jamais imaginé qu'une femme avait des poils pubiens – dans les films pornos, le sexe des femmes est toujours imberbe… D'autres récits sont tout aussi interpellants. Des jeunes filles demandent si elles doivent pratiquer le sexe anal la première fois, faire d'emblée plusieurs positions ou accepter d'être filmées.
Par effraction
Les images classées X entrent par effraction dans l'imaginaire des (pré) ados et les formatent avec des clichés codifiés, réducteurs, trompeurs et anxiogènes. Le porno, c'est le règne de l'ultraperformance, des stéréotypes sexistes (la femme soumise) et de la perfection physique.
Les enfants ne sont pas outillés pour affronter ces images qui travestissent les représentations du corps et de la sexualité mais finissent par s'imposer comme norme à des ados en pleine construction de leur identité. Ce qui est assez terrifiant.
Prendre Internet de court
Alors ? La seule solution, c'est prendre Internet de court et en parler avec les enfants avant qu'ils soient matraqués en ligne d'images pornos qui affecteront leur développement et leurs relations futures.
Pratique et concret, le livre détaille les solutions techniques pour protéger les plus jeunes des effets dévastateurs du porno. Surtout, cet ouvrage salutaire va permettre aux adultes d'ouvrir avec les enfants et adolescents un dialogue riche et sécurisant pour les aider à avancer vers une sexualité épanouissante et consentie.