Un tiers des indépendants travaille plus de 50 heures par semaine : "Nous sommes obligés d'être des machines"
Plus de 2 300 indépendants ont été interrogés par l'entreprise de services RH Acerta sur leur bien-être au travail. Malgré un surmenage quasiment généralisé, la majorité d'entre eux garde le moral.
- Publié le 08-08-2023 à 18h59

Sept indépendants sur dix travaillent plus de 40 heures par semaine, et 35 % d'entre eux plus de 50 heures. Acerta dévoile ces chiffres dans son troisième baromètre du bien-être des indépendants au travail. Au quotidien, cela signifie un manque de temps pour la vie privée, des activités familiales réduites et une importante difficulté à lâcher prise une fois le travail terminé. "C'est vrai que l'on reprend tous les problèmes à la maison, confie Thomas Moussebois, restaurateur à Esneux. Quand j'ai fini de servir des assiettes, je dois encore m'occuper de tout l'administratif. Ça ne s'arrête jamais en fait, on est obligés d'être des machines." Pour lui, les journées de 16 heures d'affilée sont légion. "Cinquante heures de travail par semaine, c'est mon minimum. Les semaines de 38 ou 40 heures des employés sont loin de mon quotidien", témoigne-t-il.
Équilibre vie de famille/travail
Pour certains, il est même difficile de calculer un nombre hebdomadaire d'heures de travail. "Il y a toujours au moins sept heures de travail par jour, déclare Valérie Girardi, traductrice et interprète indépendante. Mais souvent, je reçois un mail tard le soir et je prends un petit quart d'heure en plus pour le traiter. Puis, il faut compter que je travaille les week-ends et les jours fériés quand j'ai des délais à tenir."
Pourtant, l'enquête indique que deux tiers des indépendants sont satisfaits de l'équilibre entre leur vie professionnelle et privée. Une donnée interpellante au vu du nombre d'heures de travail prestées, mais qui s'explique facilement d'après Nicolas Pevenage, directeur de l'innovation chez Acerta. "Les indépendants exercent souvent un métier qui leur plaît. Ils acceptent donc plus facilement de travailler quelques heures supplémentaires, analyse-t-il. De plus, ils sont la plupart du temps gestionnaires de leur horaire de travail, et n'ont pas d'autres patrons qu'eux-mêmes." Ces éléments expliquent que les travailleurs indépendants parviennent encore à juger leur vie personnelle satisfaisante. "Je ne reviendrais en arrière pour rien au monde, affirme même Thomas Moussebois. Avoir la liberté d'établir mes horaires, mon plan de travail, avoir le dernier mot sur les décisions, c'est indispensable pour moi."
L'essentiel, pour Valérie Girardi, est d'être préparée à la vie d'indépendante. "C'est un mode de vie qui s'apprend sur le tas, prévient-elle. Mais si l'on s'impose une hygiène de vie sur les horaires, il est possible de trouver l'équilibre et de très bien le vivre." Un constat partagé par un grand nombre des personnes sondées par Acerta. "Les indépendants sont très fiers de leur boulot, souligne Nicolas Pevenage. D'après notre baromètre, chez les indépendants, la première raison de bonheur est la famille, mais la deuxième est leur travail. Les belles indépendances sont avant tout une grande source de joie."
La santé mentale oubliée
Acerta insiste tout de même sur le cas particulier de 20 % des indépendants, insatisfaits de leur équilibre vie privée – vie professionnelle. "Généralement, ce sont ceux dont l'affaire est dans le rouge", détaille Nicolas Pevenage. "Quand le stress augmente, ils n'ont souvent rien pour faire face et personne pour les aider", regrette-t-il. Une absence de soutien que confirme Thomas Moussebois. "On ne peut pas se permettre d'être fatigué ou d'en avoir marre", reconnaît le restaurateur, indépendant depuis douze ans. Valérie Girardi va dans le même sens. "Si on a le moindre souci, on est livré à soi-même en général. Personnellement, j'ai toujours trouvé des solutions auprès des personnes qui m'entourent. Il faut parfois se montrer créatif", développe-t-elle.
Pour répondre à cette absence d'aide, Acerta a mis en place un site web où les indépendants peuvent effectuer un scan personnalisé de leur santé mentale (via www.independantsansstress.be). En fonction du résultat, le site renvoie vers des professionnels de santé, ou des conseils et astuces à mettre en place. Environ 4 000 indépendants ont déjà testé la plateforme.