À Anvers, la "Shmira" sur les dents pour protéger la communauté juive
Des dizaines de "bodyguards" sur le qui-vive autour des synagogues et des écoles juives placés sous haute surveillance depuis l'attaque du Hamas contre Israël.

- Publié le 03-11-2023 à 06h44
- Mis à jour le 03-11-2023 à 06h59

Le nouveau déferlement de violence entre Hamas et Israël n'est pas sans conséquence pour les quelque vingt mille juifs résidant à Anvers, essentiellement des familles orthodoxes originaires de Hongrie et de Pologne, les hassidim, arrivées à Anvers en 1946. La Métropole compte aussi des Ashkénazes qui ont fui les pogroms à la fin du dix-neuvième siècle. Ils ont élu domicile à Anvers et y ont contribué à l'essor du commerce et de l'industrie diamantaire.
Le conflit actuel fait que beaucoup de juifs anversois affirment craindre pour leur sécurité. Récemment, cinq personnes ont été agressées physiquement dans la rue en raison de leur origine juive. Un enfant juif de six ans qui se rendait l'école a été poussé de son vélo, un autre a reçu un coup dans l'estomac. Le nombre de menaces proférées en ligne et visant des personnes d'origine juive augmente de manière perceptible. La tension est encore montée d'un cran dans la cité portuaire où le nombre d'agressions antisémites a fortement augmenté, affirme Unia, le service public de lutte contre la discrimination et de promotion de l'égalité des chances.
Cette tendance à la hausse est confirmée par le service spécial de protection interne de la communauté juive à Anvers. Depuis longtemps, la communauté anversoise déploie des volontaires pour surveiller les nombreuses synagogues et écoles juives de la cité. Elle le fait par l'intermédiaire de son service de sécurité Shmira (le mot signifie protéger en hébreu, NdlR), elle-même placée sous la direction du Consistoire centrale israélite de Belgique. Sur le site de la Voix des organisations juives de Belgique (CCOJB), on retrouve son signe distinctif, un écusson arborant l'étoile de David entourée de cercles noir-jaune-rouge.
Oreillettes et gilet pare-balles
Une quarantaine de bénévoles font aujourd'hui partie de la Shmira. Ces "bodyguards" patrouillent dans le quartier juif sous haute surveillance depuis l'attaque du Hamas contre Israël. Très discrets, ils sont munis d'oreillettes et portent un gilet pare-balles. Certains membres auraient par ailleurs le droit de porter une arme, ce qui n'était pas le cas par le passé.
Leur mission, elle aussi, est nimbée du halo du secret. Ces hommes spécialement entraînés se fondent dans la foule lors de rassemblements, prêts à intervenir où et quand il le faut. Aussi discrets soient-ils, les membres de la Shmira affirment travailler en collaboration avec la police anversoise. Ils n'ont évidemment pas les mêmes compétences que les forces de l'ordre, ce qui ne les empêche pas de travailler main dans la main avec elles.
Les très discrets bodyguards de la Shmira sont l'œil et l'oreille de la communauté juive d'Anvers. Toujours sur le qui-vive, le réseau informe les forces de l'ordre anversoises.
Le repérage de personnes ou de situations suspectes fait partie de leurs missions. En cas de force majeure, la Shmira intervient pour immobiliser et tenir une personne en respect ou la mettre hors d'état de nuire. En raison du conflit actuel, la Shmira pourrait recruter davantage de bénévoles afin d'accomplir sa mission de surveillance et de protection.
Pas de miltaires
Le bourgmestre d'Anvers Bart De Wever avait sollicité, il y a plusieurs semaines déjà, la présence de militaires pour protéger les sites appartenant à la communauté juive anversoise. Or, ces renforts lui ont été refusés par le fédéral. Il disait pourtant craindre un regain de violence à l'encontre de la communauté juive d'Anvers. Il a aussi rappelé qu'il refusait de polariser le conflit actuel. S'il a témoigné de son soutien à Israël lors d'une manifestation à Anvers, le bourgmestre a rappelé qu'il ferait de même à l'occasion d'une manifestation en faveur des Palestiniens qui sera organisée prochainement dans sa ville.