Menaces terroristes contre Bruxelles et Anvers: "La Belgique n'avait plus été aussi clairement identifiée comme une cible potentielle"
Les menaces d'attentat terroriste se multiplient en Europe. L'OCAM a confirmé que des tracts numériques appellent des "loups solitaires" à passer à l'acte et ciblent notamment Bruxelles et Anvers.

- Publié le 19-02-2025 à 20h50

L'OCAM, qui mesure le niveau de la menace terroriste en Belgique, est sur le qui-vive depuis la diffusion de tracts numériques appelant à cibler les villes de Bruxelles et Anvers. "Nos services sont très vigilants et le niveau de menace est toujours de 3. […] Nous voyons régulièrement ce genre d'appels, mais en règle générale, ils ne se traduisent pas en faits. Si nous recevons des indications selon lesquelles il existe une menace concrète, nous prendrons bien entendu des mesures", explique Gert Vercauteren, directeur de l'OCAM, à nos collègues de HLN.
Didier Leroy, chercheur à l'Institut Royal Supérieur de Défense (IRSD), rappelle néanmoins que "les appels à frapper l'Occident n'ont jamais vraiment cessé". "Depuis le 7 octobre 2023, avec le recentrage de la question israélo-palestinienne sur le plan des relations internationales, tout d'un coup on a recommencé à parler beaucoup des acteurs islamistes et djihadistes. […] (Ces menaces) sont souvent connectées à Israël et à la polarisation globale que la guerre Israël-Hamas a opérée, notamment en Europe occidentale, en Amérique du Nord, etc."
Une analyse partagée par Thomas Renard, directeur de l'International Centre for Counter-Terrorism (ICCT), qui pointe deux facteurs pour expliquer la recrudescence de la menace terroriste. D'une part, il souligne "la réorganisation et le regain de force de l'État islamique de manière générale en Afghanistan, mais également en Irak et en Syrie". "Il y a une ambition réelle de menacer et de viser l'Europe, soit via des attentats 'commandités', c'est-à-dire où l'État islamique joue vraiment un rôle actif de recrutement, de pilotage à distance d'individus, de cellules présents en Europe, soit en cherchant à provoquer le passage à l'acte chez les individus isolés et/ou fragilisés." D'autre part, et même s'il n'est pas directement lié à la menace djihadiste, le conflit entre Israël et la Hamas "exacerbe toute une série de tensions, de griefs, et par ailleurs, a été instrumentalisé dans la propagande djihadiste comme élément de radicalisation et de recrutement". "C'est venu rajouter une couche à la menace qui était déjà en pleine réorganisation et en pleine augmentation", précise-t-il.
"L'effet Trump"
Tout cela participe à la construction d'un "contexte fertile pour surfer sur les ressentiments générés par le fait que les puissances occidentales ne sont pas complètement opposées à Israël", selon Didier Leroy, qui ajoute que "le facteur Trump" joue également un rôle important. Les déclarations du Président américain ont également attisé la colère à l'égard de l'Occident. "Les trois quarts de la planète ont envie de vomir en l'entendant parler. […] Quand on regarde la manière dont les leaderships israéliens et américains s'expriment et se comportent : on avance sans masque, en ayant des propos qui fatalement estomaquent de très nombreuses personnes dans la région du Moyen-Orient. Donc fatalement, ça a des répercussions dans nos communautés musulmanes préétablies, en Europe occidentale notamment. L'effet Trump multiplie le jeu de la polarisation qui est à l'œuvre depuis déjà de nombreuses années", explique le chercheur de l'IRSD.
Thomas Renard pointe également la forte polarisation qui touche les sociétés européennes, notamment la Belgique. "Les débats sont extrêmement crispés, tendus, notamment autour des questions d'inclusion sociale, d'immigration, du vivre-ensemble, etc. Il n'y a plus de place pour un débat serein, modéré. Dans ce climat, des individus vulnérables et fragilisés peuvent se laisser tenter par les sirènes de l'extrémisme, qu'il soit un extrémisme religieux ou que ce soit un extrémisme de droite ou de gauche violent." "La menace djihadiste la plus fréquente aujourd'hui, ce sont des acteurs isolés et vulnérables", ajoute-t-il.
La Belgique, une cible symbolique
Concernant les menaces directes à l'encontre de villes belges, le directeur de l'ICCT précise que cela faisait quelques années que "la Belgique n'avait plus été aussi clairement identifiée comme une cible potentielle". Pour Didier Leroy, cela s'explique par l'aspect symbolique que possède notre pays. "La Belgique est le lieu d'établissement des institutions européennes et de l'OTAN et est un membre fondateur des deux organisations. Bruxelles est emblématique et symbolique, donc elle sera toujours une cible fédératrice ou parlante pour un acteur djihadiste qui appelle à mener des attentats."
Pour Anvers, au-delà du côté symbolique, c'est son rôle logistique qui est visé, pour le chercheur. "Le port d'Anvers est au cœur d'une des artères principales de ce que les forces armées européennes essaient de mettre sur pied pour retrouver une certaine carrure sur l'échiquier de la planète. C'est aussi une cible qui semble parlante. […] L'attentat terroriste doit toujours essayer de cibler quelque chose pour le retentissement médiatique qu'il va générer."
Thomas Renard nuance néanmoins, en précisant que même si la menace est "réelle, elle n'est pas au même niveau que ce qu'elle était en 2015-2016". Les organisations auxquelles nous faisons face aujourd'hui "sont à nouveau suffisamment restructurées et suffisamment ambitieuses pour chercher à projeter ou à inspirer des attentats en Europe". Cependant, elles ne sont pas "aussi organisées, structurées, puissantes et connectées avec l'Europe qu'à l'époque du califat de l'État islamique en Syrie et en Irak" mais mènent "une véritable campagne pour commettre des attentats en Europe".
Lutter contre la radicalisation
Pour lutter contre la radicalisation et notamment le recrutement en ligne qui est de plus en plus significatif, Thomas Renard souligne l'importance du monitoring et de la modération des contenus sur Internet et en particulier sur les réseaux sociaux. "Il faut pouvoir voir ce qui se passe et ce qui se dit sur Internet. Mais il faut aussi pouvoir agir très vite quand du contenu problématique, tel qu'un appel aux attentats, est identifié. Il faut pouvoir s'assurer que ce contenu est rapidement retiré d'internet." Or, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche et la ligne de conduite adoptée par Facebook ou X (ex-Twitter) provoquent "un énorme retour en arrière sur toute une série de progrès qui avaient été faits de manière lente et parfois pénible. Ce bras de fer risque d'avoir des conséquences néfastes du point de vue de la sécurité européenne", précise le directeur de l'ICCT