Proserpine aux enfers
Rousset dirige une fastueuse version d'un Lully peu connu.
- Publié le 04-07-2025 à 15h32

On sait le Festival musical de Namur traditionnellement dédié à la musique vocale mais, cette année, il propose en plus outre une offre particulièrement abondante pour les amateurs d'opéra : la Proserpine de Lully ouvrait le bal jeudi, Le couronnement de Poppée de Monteverdi devait suivre ce vendredi et, la semaine prochaine, on attend encore Cosi fan tutte de Mozart (le 10) et le très rare Médée et Jason de Salomon (le 12).
Deux décennies
Pour Proserpine, Namur, riche tout à la fois d'un Chœur de Chambre de renommée internationale et d'une salle de concert dont l'acoustique est à ce point précieuse qu'elle est de plus en plus son souvent utilisée pour des enregistrements discographiques, avait attiré celui qui est probablement aujourd'hui le meilleur spécialiste de la musique de Lully : Christophe Rousset, qui s'est lancé depuis deux décennies dans l'enregistrement des tragédies lyriques du grand compositeur d'origine italienne.
Créé le 3 février 1680, Proserpine met en scène un épisode mythologique moins connu, antérieur aux Orphées de Monteverdi ou Offenbach : le rapt amoureux de Proserpine, fille de Jupiter et de Cérès, par Pluton, roi des enfers. L'œuvre est bâtie comme il se doit pour toute tragédie lyrique de l'époque en un prologue et cinq actes et, si certaines tournures du livret du fidèle Philippe Quinault peuvent sembler aujourd'hui un peu ampoulées (notamment le recours systématique au terme "appas"), l'histoire offre une très belle diversité de sentiments et d'affects : gloire et faste, amour maternel et amour tendre, magie et colère, de quoi permettre à Lully de déployer tout son art et son inventivité. Le troisième acte, notamment, est particulièrement réussi, avec des moments jubilatoires, des passages de tristesse éthérée et de grandes scènes de tragédie et de lamentation quand Cérès apprend la disparition de sa fille avant de se mettre en colère et d'incendier toutes les moissons avec le feu de l'Etna.
Partenaires habituels
Pour enregistrer l'œuvre, Rousset a forcément convoqué ses partenaires habituels. Les Talens Lyriques, l'ensemble qu'il a fondé, ici en effectif abondant de plus de trente musiciens – en ce compris éblouissantes trompettes -, idéalement ferme mais ductile, avec des sonorités jubilatoires ou bouleversantes selon les moments. Le Chœur de Chambre de Namur ensuite, dont les entrées en scène ressemblent à une procession funèbre mais dont les éclats vocaux sont éblouissants.
Et, bien sûr, une impressionnante distribution de dix solistes qui, entrent, sortent, contournent, s'assoient à cour ou jardin, disparaissent puis reviennent chanter, debout à la rampe. Chanter et jouer car, même sans mise en scène, la partition est porteuse d'une théâtralité intrinsèque que Rousset excelle à mettre en évidence. Tous, les plus expérimentés comme les plus jeunes (Bré, Bou, Pritchard, Kilsby, Gourdy, Cesarini, Raï-Westphal et Witczak) sont formidables, mais le tandem mère/fille formé par Véronique Gens (Cérès) et Marie Lys (Proserpine) est particulièrement exceptionnel.