Chasseur maudit, Dvorak béni
Bleuse, Noack et l'OPRL ouvrent le Juillet Musical de Saint-Hubert.
- Publié le 07-07-2025 à 13h32

Traditionnellement, le Juillet musical de Saint-Hubert commence par un grand concert symphonique dans la basilique de la ville. Cette année, la 68e édition du plus méridional des festivals de Wallonie revêt un accent un peu particulier. D'abord parce qu'il s'est doté d'un nouveau directeur artistique en la personne de Bernard Michel, par ailleurs directeur de l'académie de Saint-Hubert, mais aussi parce que la cité ardennaise a entamé trois années de célébrations pour commémorer tout à la fois les 1200 ans de la translation (en 825) du corps du Saint dans la cité qui s'appelait alors Andage, et les 1300 ans de sa mort en 727.
Chasse et nature
Pour apporter sa pierre à l'édifice, l'Orchestre Philharmonique Royal de Liège a eu la bonne idée d'ouvrir son concert avec une pièce des plus opportunes pour une cité qui se revendique comme "capitale européenne de la chasse et de la nature" : Le chasseur maudit de César Franck, un poème symphonique coloré et spectaculaire que ses musiciens connaissent presque aussi bien que la célébrissime symphonie du compositeur d'origine liégeoise. Sous la direction de Pierre Bleuse, parfois spectaculaire dans les gestes mais toujours pertinent, c'est un premier feu d'artifice, comme une sorte de John Williams avec un siècle d'avance.
Plutôt qu'un concerto traditionnel du grand répertoire, le programme propose ensuite le rare mais brillant Burleske en ré mineur pour piano et orchestre de Richard Strauss, pièce pleine de panache et de virtuosité qui sort agréablement des sentiers battus. Costume sombre et chemise blanche ouverte, avec un toucher aussi élégant que sa mise, Florian Noack le joue avec une maîtrise souveraine mais sans aucune ostentation : une interprétation parfaite, en symbiose fructueuse avec l'orchestre, de quoi donner au public local l'envie déjà de retrouver le pianiste belge quand il reviendra, dans trois semaines, clôturer le festival dans l'église voisine.
Nouveau Monde
Vient enfin, en grosse pièce de la soirée, la célèbre et splendide symphonie du nouveau monde d'Antonin Dvorak. Avec un orchestre splendide de cohésion, des musiciens aux sonorités précises et puissantes et un chef qui a tombé la veste mais gardé le gilet – sans doute pour disposer d'une liberté de mouvement supplémentaire – c'est une exécution qu'on gardera en mémoire. Toujours inspiré, Bleuse excelle à conduire la ligne globale tout en mettant en lumière certains détails, voire simplement en apportant un point de vue original sur des passages connus. Un allegro molto déjà passionné, un adagio lyrique et tendre, un scherzo qui met idéalement en avant les rythmes de danse et un allegro con fuoco final dantesque qui se termine par un formidable moment : le chef modèle l'accord final pour le faire s'éteindre progressivement, devant un public haletant qui a le bon goût d'attendre qu'il ait baissé les bras avant d'éclater en applaudissements. Ovation debout, c'est bien la moindre des choses.
Jusqu'au 27 juillet ; www.juilletmusicaldesainthubert.be