L'avenir très incertain d'Hadja Lahbib
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 21-06-2023 à 23h59
- Mis à jour le 22-06-2023 à 08h54

L'affaire des visas octroyés à des dignitaires iraniens et russes requérait d'amples explications, clarifications et précisions. La ministre des Affaires étrangères et le Premier ministre en ont fourni au Parlement, mais toutes étaient enveloppées dans un argumentaire fort divergent de celui de la semaine dernière. Trop tard sans doute pour en sortir indemnes. Mais ils l'ont fait, unis et solidaires face à des députés particulièrement mordants. Sur papier, ce sont les Affaires étrangères qui délivrent aux étrangers les sésames pour accéder au territoire. Mais, dans la pratique, et dans ce dossier en particulier, c'est un véritable imbroglio, qui a alimenté les critiques de l'opposition, et d'une bonne partie de la majorité.
L'affaire n'est donc pas close pour la ministre, qui devra encore affronter le vote d'une motion de la N-VA demandant sa démission la semaine prochaine. En une semaine, il peut encore se passer beaucoup de choses, mais une certitude, la Vivaldi sort elle-même très abîmée de la séquence. En assénant à de multiples reprises en Commission que la ministre n'avait pas dit la vérité, les verts et les socialistes mettent une pression énorme sur l'édifice gouvernemental. Tiendra-t-il ? Manifestement, la bouée de sauvetage apportée à la soldate Lahbib par le Premier ministre lui-même n'a pas été d'une grande aide jusqu'ici. L'annonce tardive du feu vert de la Chancellerie à la délivrance aura certes dilué les responsabilités et les torts politiques dans un bain de Realpolitik, mais Hadja Lahbib n'est pas sauvée des eaux pour autant.
Personne ne sortira gagnant de cette séquence honteuse. Inviter, puis recevoir le maire de Téhéran demeure une grave erreur morale. Notre capitale ne pourra pas effacer facilement le souvenir de l'accueil officiel réservé à une large délégation d'un régime voyou qui n'hésite pas à intimider et menacer ses opposants, même lorsqu'ils sont en exil. L'affront restera. À l'origine de cette inimaginable invitation, Pascal Smet en a tiré les conclusions qui s'imposaient. Hadja Lahbib y sera-t-elle contrainte, elle aussi ? La question demeure. Mais sa crédibilité et son autorité en auront déjà pris un sérieux coup.