Du pain bénit pour l'extrême droite
Un édito de Dorian de Meeûs.

- Publié le 16-01-2024 à 00h00
- Mis à jour le 16-01-2024 à 11h00

Que Bart De Wever demande aux autres partis de ne plus s'engager dans une coalition fédérale sans qu'elle ne soit majoritaire en Flandre, quoi de plus normal. Le contraire surprendrait tout le monde. Mais qu'il menace ceux-ci de s'allier au Vlaams Belang en Flandre si la N-VA n'est pas au pouvoir au fédéral, il y a de quoi s'indigner. Plus le bourgmestre d'Anvers s'exprime, moins son positionnement face à l'extrême droite est clair. Il brouille les cartes. Ce petit jeu n'a pourtant rien d'amusant, tant il permet au Belang de crédibiliser sa stratégie de "dédiabolisation".
Le président de la N-VA se plaisait jusqu'ici à affirmer qu'une alliance avec le Belang n'était pas envisageable, à moins que Tom Van Grieken fasse "le ménage dans ses rangs" ou – excusez l'expression qu'il utilise – "nettoie sa merde". Il pointait ainsi du doigt les personnalités "extrémistes qui insultent et attaquent sous la ceinture". En clair, les racines, l'idéologie et le programme du Vlaams Belang ne semblent pas être un obstacle à ses yeux.
Jusqu'à présent, qu'on le veuille ou non, Bart De Wever a démontré d'importantes qualités de stratège politique. Voyez plutôt : il est parvenu à ressusciter un micro-parti divisé, à siphonner une partie de l'électorat de son allié CD&V et de l'Open VLD, à imposer ses priorités socio-économiques à la Flandre, à s'installer à l'Hôtel de Ville d'Anvers et même à menacer l'existence même des partis traditionnels flamands. Mais face aux récents sondages qui placent le Belang devant la N-VA, l'homme semble perdre le contrôle. Personnellement, il ne serait pas favorable à sortir le Belang de son isolement politique, mais ses déclarations ouvrent pourtant des portes que l'on pensait fermées à double tour. Du pain bénit pour l'extrême droite.
Bart De Wever est candidat Premier ministre, grande nouveauté. Ce revirement étonne, mais reste à voir s'il parviendra à réunir les partis traditionnels autour d'un projet commun, au-delà des chantages, des menaces et des vexations chères aux flamingants. À ce stade, du côté wallon et bruxellois, il est permis d'en douter…