La Vivaldi, ou l'art de repasser les plats
Un édito de François Mathieu

- Publié le 28-03-2024 à 00h00

Un conseil national de sécurité (CNS), ça rappelle les heures sombres des attentats terroristes et la pandémie de Covid-19. Dans l'imaginaire collectif, un CNS, qu'un arrêté royal de janvier 2015 définit comme l'organe qui "établit la politique générale du renseignement et de la sécurité, en assure la coordination, et détermine les priorités des services de renseignement et de la sécurité", c'est important. Il se réunit en fonction de l'actualité et est systématiquement médiatisé, pour expliquer les mesures "sécuritaires" prises. Le dernier remonte à novembre 2023, après que deux Suédois ont été assassinés par un terroriste le soir du match de football Belgique-Suède au stade Roi Baudouin.
Ce CNS du 27 mars devait donc forcément être important. Mais il ne le fut pas. Comme lors du CNS de septembre 2023 pour expliquer le plan d'actions consécutif aux problèmes à la gare du Midi, le gouvernement nous a repassé le plat de l'échange optimal d'informations entre services, d'une meilleure coordination les différentes parties prenantes pour mieux lutter contre le trafic de drogue, notamment entre les services de police. Et l'expression "repasser les plats" n'est pas usurpée. Le point 8 de la liste des 23 mesures prises en septembre 2023 est celui-ci : "Un meilleur partage des informations entre tous les services". Un air de déjà-vu, donc. Certes, la Sûreté de l'Etat, la police et l'armée ont désormais officiellement des numéros 1, mais ces nominations étaient attendues depuis longtemps.
Sans cette annonce, la tenue d'un conseil national de sécurité aurait été difficile à justifier. Heureusement que la législature se termine, sans quoi le conseil national de sécurité aurait perdu davantage encore en crédibilité, à l'image de ce qui s'est produit avec les comités de concertation lors de la crise sanitaire, où chacun des protagonistes politiques essayait de tirer la couverture à lui. Pour le dire diplomatiquement, cette séquence n'améliore pas substantiellement le bilan de la Vivaldi en matière de lutte contre le narcotrafic ou le terrorisme, même si l'accès aux informations des différents services nécessitait d'être clairement balisé. Quant à l'annonce du recrutement de 200 policiers supplémentaires d'ici fin 2024, elle correspond au programme prévu, qui est loin de correspondre aux besoins réels de la police sur le terrain. Bref, à quelques semaines des élections, la Vivaldi a tenté de magnifier un peu son bilan. Raté.