La vanité vaincue de Joe Biden
Un édito de Philippe Paquet.

- Publié le 21-07-2024 à 23h16

Joe Biden était devenu, contre toute logique, le vilain dans la course à la Maison-Blanche. En ignorant obstinément les appels des Démocrates, toujours plus nombreux, qui le pressaient de renoncer à sa candidature, dans l'intérêt du parti mais aussi du pays. Des figures de proue comme Barack Obama ou Nancy Pelosi, les chefs de file au Congrès, des députés ou des sénateurs, et non des moindres… Des membres de son entourage aussi car Joe Biden ne compromettait pas uniquement son avenir politique et le jugement de la postérité dans l'aventure : l'octogénaire, qui a attrapé en prime le Covid et est apparu très fatigué, jouait aussi sa santé.
L'entêtement du Président irritait d'autant plus que sa justification ne tenait pas la route. Avant de jeter finalement l'éponge, Joe Biden s'accrochait à l'idée qu'il était le meilleur candidat, sinon le seul, à pouvoir battre Donald Trump. Il aurait été aussi le mieux placé pour mobiliser l'électorat noir dont l'appui est crucial. Les sondages disent pourtant le contraire, en donnant notamment de plus grandes chances à Kamala Harris. Et peut-on croire qu'une femme métisse ne serait pas tout aussi capable de rassurer les Afro-Américains ?
Tout suggère qu'un candidat plus jeune, et perçu comme raisonnablement expérimenté, que ce soit Mme Harris ou pas, aura instantanément le pouvoir de relancer la campagne démocrate, de lui insuffler un nouvel optimisme, de redonner confiance. Le sentiment de sortir de la chronique d'une défaite annoncée ne pourra que galvaniser les troupes et susciter un enthousiasme grâce auquel tous les espoirs seront permis.
Il était urgent pour les Démocrates de franchir le pas, et pour Joe Biden de surmonter une vanité fatale. Le mauvais feuilleton dont il était le héros a eu pour effet de faire oublier la catastrophe que serait la victoire de Donald Trump, pour l'Amérique et pour le monde. Comme la Convention républicaine vient de le montrer, l'attentat manqué n'a pas changé le personnage. Il l'a, au contraire, rendu plus caricatural, plus outrancier et plus dangereux. Il faut que la vraie campagne électorale commence enfin pour mettre à nu un Républicain dont les troubles du comportement sont bien plus préoccupants que ceux de Joe Biden, et qui, en outre, n'a toujours ni les compétences ni l'éthique pour redevenir Président.