Ce serait injustifiable que l'Arizona n'aboutisse pas
Un édito de François Mathieu

- Publié le 30-10-2024 à 23h59

La méfiance des militants socialistes gantois envers une coalition avec la N-VA affaiblit indéniablement leur président, Conner Rousseau. Par ricochet, elle compromet aussi les efforts de rapprochement entre socialistes et nationalistes flamands. De toute évidence, ces deux partis avaient l'ambition d'investir tous les rouages du pouvoir au sein de la "maison Belgique", de l'échelle communale au niveau régional, jusqu'à atteindre l'arène fédérale. Cette ambition pourrait être remisée au placard, en particulier au niveau fédéral, si la N-VA et les libéraux refusent de tempérer leurs exigences.
À l'issue des élections du 9 juin, il semblait acquis pour de nombreux experts qu'une coalition de centre droit verrait rapidement le jour, tant les convergences programmatiques paraissaient évidentes. Même les socialistes de Vooruit ne semblaient pas constituer un obstacle insurmontable, leur ligne idéologique penchant sur bien des points davantage vers la droite que celle du PS (budget, santé, immigration, emploi). Mais c'était sans compter sur la fronde des socialistes de Gand et sur l'orientation résolument "N-VA" des notes présentées par Bart De Wever, qui ont mis à mal ce scénario.
Et maintenant ? Les cinq partis qui tentent de former un gouvernement se retrouvent sans véritable alternative, sauf à envisager une improbable coalition de sept partis, aussi fragile que l'édifice laissé par l'ancienne coalition Vivaldi. Dans le contexte financier actuel du pays et face à la nécessité de réformes, notamment en matière d'emploi, les négociateurs devront converger vers un nouvel accord socio-économique. En d'autres termes, la N-VA, aux commandes, devra déplacer davantage les positions vers le centre, notamment pour une répartition équilibrée des efforts permettant de dégager les 16 milliards d'euros d'économies exigés par la Commission européenne pour redresser notre trajectoire de déficit. Il en découle aussi que le vernis communautaire, omniprésent dans les propositions récentes, devra être atténué. La N-VA devra prouver que ses idées sont non seulement efficaces — en matière de finances publiques et d'emploi — mais aussi légales, notamment dans le domaine sensible de l'immigration. L'exercice est périlleux, certes, mais il s'agit là de la seule voie qui semble permettre d'éviter à la Belgique de se retrouver dans une impasse budgétaire comparable à celle de 2010, lorsque les marchés financiers nous avaient brutalement rappelés à l'ordre.