Mercosur : le grand marché et les petites fermes
Un édito de François Mathieu

- Publié le 14-11-2024 à 00h00

Au cœur des négociations entre l'UE et le Mercosur, la promesse d'un vaste marché. L'Europe est en quête désespérée de nouvelles alliances commerciales, après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et les pénuries criantes de matières premières qui en ont résulté. Tandis que tensions sino-américaines et guerres économiques rythment le commerce mondial, l'Europe cherche à garantir ses approvisionnements.
Le Mercosur, dans ce contexte, s'apparente donc à une aubaine : de nouvelles ressources et une porte ouverte vers un marché en expansion. De nombreux États membres applaudissent, espérant un accord en gestation depuis plus de deux décennies. Mais derrière ce colossal traité de libre-échange, se dresse une image plus sombre : celle d'un paysage agricole européen menacé, de petits producteurs acculés par une concurrence étrangère redoutable. Car le Brésil et l'Argentine, géants de l'agriculture intensive, inondent leurs marchés de soja, de bœuf, de sucre et de céréales, produits à des coûts dérisoires, grâce à l'étendue des terres et la main-d'œuvre bon marché.
Cette production massive pourrait bientôt déferler sur le marché européen, offrant des prix avec lesquels aucun petit producteur local ne peut rivaliser. En respectant des normes sanitaires et environnementales strictes, leur durabilité serait menacée par des produits importés à bas coût, issus de régions où la déforestation massive et l'utilisation de pesticides interdits sur le sol européen sont monnaie courante. Les coûts de production européens, relevés par des exigences de protection environnementale et de sécurité alimentaire, laissent peu de marge pour affronter cette compétition déloyale.
Et que dire des labels de qualité, comme les AOP et IGP, qui valorisent l'authenticité des produits locaux ? Ils risquent de perdre leur éclat. Alors, au rebut, le Mercosur ? Peut-être pas. L'Union européenne pourrait exiger la réciprocité des normes environnementales et sanitaires pour garantir une concurrence loyale, instaurer des quotas d'importation pour les produits les plus sensibles, comme la viande bovine et le sucre. Soutenir les petites exploitations, préserver les labels de qualité, et promouvoir les circuits courts sont des pistes indispensables pour garantir une agriculture européenne résiliente. Entre autres. Un accord Mercosur-UE est-il possible sans mettre en péril les normes de qualité pour les consommateurs européens ? Ce n'est qu'en répondant à cette question par l'affirmative que l'Europe pourra franchir le pas. On en est loin.