Revers américain sur l'Ukraine
Un edito de Philippe Paquet

- Publié le 20-03-2025 à 00h00
- Mis à jour le 20-03-2025 à 10h17

On conviendra que négocier l'arrêt d'un conflit n'est pas chose aisée, et que les efforts déployés par Donald Trump pour mettre fin à la guerre en Ukraine méritent des encouragements. Cela étant dit, la méthode suivie par celui qui se vante d'être passé maître dans l'art du "deal", et qui se targuait de régler l'affaire "en vingt-quatre heures" avant même son retour à la Maison-Blanche, laisse songeur.
Donald Trump et Vladimir Poutine auraient eu, mardi, la plus longue conversation téléphonique de mémoire de kremlinologue. On en attendait beaucoup et c'est un doux euphémisme de dire qu'elle n'a pas produit les résultats qu'on espérait. On serait même tenté de parler de fiasco dans la mesure où un cessez-le-feu de trente jours qui ne concerne que les infrastructures énergétiques n'en est pas vraiment un.
Le président américain avait sans doute brûlé toutes ses cartouches en abandonnant publiquement celui qui était censé être son allié, Volodymyr Zelensky, et en accédant par avance à la plupart des exigences du Kremlin (dont le renoncement aux territoires conquis). Le président russe en a conclu qu'il ne devait pas s'arrêter en si bonne voie. Il réclame à présent, pour prix d'une trêve plus sérieuse, la cessation de toute assistance étrangère à l'Ukraine (du matériel au renseignement) – une demande extravagante puisque la Russie peut, de son côté, poursuivre impunément son réarmement, étant son propre fournisseur.
Vladimir Poutine avait d'emblée établi le rapport de force en retardant – avec une délectation ostensible devant les caméras – le début de l'entretien avec Donald Trump, trouvant plus important de continuer à échanger avec les participants à un congrès annuel d'entrepreneurs à Moscou. Il faut beaucoup de bonne volonté pour ne pas y voir une humiliation et Donald Trump en aura déduit qu'il est décidément ardu le chemin menant au prix Nobel de la paix. Car le Président y songe bel et bien : une de ses plus ferventes admiratrices, la députée Elise Stefanik, a déjà lancé une pétition en ligne pour soutenir sa candidature.
Au moins les chefs d'État se sont-ils mis d'accord sur l'idée d'organiser entre leurs deux pays des matches de hockey sur glace. De quoi rappeler la diplomatie du ping-pong qui rapprocha jadis l'Amérique de Nixon et la Chine de Mao ? Ironie de l'histoire : cette initiative visait aussi à contrer l'expansionnisme soviétique.