La liberté de choisir n'existe que si les options existent
La liberté n'est pas seulement la possibilité abstraite de vouloir quelque chose. Elle suppose qu'une option réelle existe, qu'elle soit accessible, et que la personne concernée puisse la choisir.
- Publié le 06-11-2026 à 18h50
- Mis à jour le 06-11-2026 à 18h56

Une opinion de Massimo Lorusso, citoyen (*)
Depuis près de quarante ans, je vis avec une tétraplégie. À dix-sept ans, après un plongeon dans la mer à Rimini, mon corps a changé brutalement. Depuis, j'ai besoin d'aide pour de nombreux gestes quotidiens. Mais cette dépendance physique m'a appris quelque chose d'essentiel : avoir besoin d'aide ne signifie pas renoncer à décider.
On parle souvent de volonté comme si elle suffisait à ouvrir toutes les portes. Je ne le crois pas. Une personne peut vouloir entrer dans un bâtiment, prendre un train, travailler, étudier ou voyager. Si l'entrée comporte des marches, si l'assistance prévue n'arrive pas, si le service n'est pas accessible, la détermination individuelle ne crée ni une rampe ni un ascenseur.
C'est là que commence, à mes yeux, une distinction importante entre responsabilité personnelle et responsabilité collective.
Il y a des choses qui dépendent de moi : demander de l'aide, recommencer après une déception, exprimer clairement ce que je veux, accepter de changer de stratégie, continuer à écrire, choisir les personnes que je souhaite avoir près de moi. Mais il existe aussi des obstacles dont la solution appartient à ceux qui possèdent les moyens matériels ou institutionnels de les supprimer.
Qui décide ?
Pendant longtemps, le mot "indépendance" a été utilisé comme synonyme d'autosuffisance. Or, dans ma vie, les deux notions ne coïncident pas. Je peux avoir besoin de quelqu'un pour déplacer mon corps et rester pourtant celui qui décide où aller. Je peux dépendre d'une assistance pour sortir du lit et rester libre de choisir comment organiser ma journée. Je peux utiliser la voix et des technologies d'assistance pour écrire sans que cela enlève quoi que ce soit à l'origine de mes pensées, de mes souvenirs ou de mes mots.
La question la plus importante n'est donc pas toujours : "Que pouvez-vous faire seul ?" Elle devrait parfois être : "Qui décide ?"
Cette nuance change beaucoup de choses. Une aide respectueuse ne remplace pas la personne ; elle lui permet d'exercer davantage de choix. Un bon service n'impose pas une solution ; il rend possible une décision. Une technologie réellement accessible ne fait pas disparaître la dépendance ; elle réduit les obstacles entre l'intention et l'action.
J'ai raconté une partie de ce long parcours dans mon autobiographie, La voix du silence – Ce que les mots ne disent pas. Le livre revient sur la famille, la pauvreté, la paternité, les pertes, l'amour et les décennies qui ont suivi 1988. Mais ce qui m'intéresse aujourd'hui dépasse mon histoire personnelle.
La véritable autonomie
Nos sociétés parlent beaucoup de liberté individuelle. Elles devraient donc s'interroger avec le même sérieux sur les conditions concrètes qui permettent de l'exercer.
La liberté n'est pas seulement la possibilité abstraite de vouloir quelque chose. Elle suppose qu'une option réelle existe, qu'elle soit accessible, et que la personne concernée puisse la choisir sans être remplacée par ceux qui l'entourent.
Je n'ai pas choisi ce qui est arrivé à mon corps à dix-sept ans. En revanche, chaque fois qu'une possibilité réelle existe, je tiens à pouvoir choisir ce que j'en fais.
C'est peut-être cela, au fond, l'autonomie : non pas tout faire seul, mais rester l'auteur de ses décisions.
→ (*) Auteur de "La voix du silence – Ce que les mots ne disent pas".
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