Faut-il arrêter de rembourser l'homéopathie?
- Publié le 16-11-2018 à 09h31
- Mis à jour le 19-11-2018 à 09h46
Les Mutualités chrétiennes flamandes ne rembourseront plus les médicaments homéopathiques à partir du 1er janvier 2019, a annoncé De Standaard ce jeudi. Cette décision fait le bonheur de l'Absym, le syndicat de médecins, qui espère que d'autres mutualités suivront. Mais le débat n'est pas clos.
Oui pour Marc Moens, président de l'association belge des syndicats médicaux
Scientifiquement, l'efficacité de l'homéopathie est nulle. Mais la croyance est tenace, en partie due au fait que les patients s'attendent, lors d'une consultation, à ce qu'on leur prescrive un médicament. Les jeunes médecins ne s'y trompent pas : ils ne prescrivent presque plus d'homéopathie.
L'Absym qualifie l'homéopathie, comme d'autres formes de médecine non conventionnelle, de "niaiseries et de tromperies" . Pourquoi ?
L'homéopathie existe depuis 230 ans à peu près. Il n'y a jamais eu de preuve scientifique que ce pseudo-médicament fonctionne ! L'histoire de l'eau, la dilution à l'infini, ça ne marche pas. Déjà en 2013, nous avions fait un communiqué commun avec des associations et des universités pour s'opposer ensemble au remboursement, par plusieurs mutualités, des médicaments dits homéopathiques.
Selon les médecins homéopathes, avoir recours à ce type de médicaments ne coûte pas plus cher dans la mesure où les patients auraient moins besoin de médicaments classiques. Qu'en pensez-vous ?
C'est du bla-bla. D'abord, beaucoup de petites maladies guérissent spontanément, sans médicaments. Qu'ils soient homéopathiques ou conventionnels. Le problème, c'est que si un patient va consulter un médecin, il espère presque que cette consultation sera suivie d'une prescription médicamenteuse. Alors que très souvent, cette prescription n'est pas nécessaire.
Pourquoi la croyance en l'homéopathie perdure, si cela ne marche pas ?
Si on est catholique, on ne devient pas juif ou musulman, c'est aussi simple que ça. On y croit, voilà. Les croyances sont très difficiles à faire changer. Dans le cas de l'homéopathie, c'est presque infaisable, car le patient croit en son médecin traitant.
Tout est subjectif, dans cette croyance, et la croyance est une subjectivité. Y compris si on croit dans la thérapeutique homéopathique.
Quid des lobbies pharmaceutiques et leur intérêt à commercialiser de l'homéopathie ?
Il y a une industrie homéopathique, française notamment. On parle de milliards d'euros, ce n'est pas négligeable. Il y a un aspect économique derrière la vente des pseudo-médicaments, qui est un aspect important notamment pour les pharmaciens. On sait que les marges de profit ont diminué pour eux, et de manière très importante ces dernières années. Comment survivent-ils ? Par la vente, entre autres, de produits homéopathiques…
Les produits homéopathiques ne sont remboursés que sur base volontaire de certaines mutualités. Comment expliquer qu'elles continuent à en rembourser certains alors que cela pourrait leur faire perdre de l'argent ?
Mais même si ces dernières savent que ça ne sert à rien, la concurrence joue. Cela a commencé il y a quinze ans. J'en ai discuté avec le président des mutualités chrétiennes à l'époque : il m'a avoué qu'il remboursait partiellement ces produits-là parce qu'il a dû suivre les autres mutualités, ou bien il allait perdre des membres…
Pourquoi des médecins continuent à prescrire de l'homéopathie tout en sachant que ça ne sert à rien ?
En Flandre, le nombre de médecins qui pratiquent encore l'homéopathie diminue d'année en année. Pourquoi ? Parce qu'il y a 30, 40 ans, il y avait beaucoup trop de médecins. Donc, pour gagner leur vie, ils faisaient n'importe quoi. Ils ont inventé l'homéopathie, à tel point qu'aujourd'hui encore, les gens y croient. Mais les jeunes médecins d'aujourd'hui sont bien moins nombreux, ils ont beaucoup de boulot et donc ils n'y croient pas. Ils font de la vraie médecine ; plus de l'homéopathie. Ce n'est plus nécessaire pour gagner leur pain quotidien.
Entretien : Clément Boileau
Des études unanimes
La première étude sur l'homéopathie a été publiée en 1988 dans la revue britannique The Lancet . Elle a conclu que cette pratique n'avait aucune influence sur l'état des patients. De nombreuses autres études ont été publiées depuis, toutes allant dans le même sens. Le rapport le plus récent a été publié par le National Health and Medical Research Council (l'agence de santé australienne), qui a passé au crible 255 études sur l'homéopathie. Sa conclusion : il n'existe aucune preuve scientifique de son efficacité.
Non pour Philippe Devos, président de l'Union belge des homéopathes
Les gens qui réfutent l'efficacité de l'homéopathie sont soit ignorants soit pourvus de mauvaises intentions. L'homéopathie fonctionne mieux qu'un placebo et c'est prouvé. Elle peut même venir en aide aux patients atteints de cancers.
Pourquoi faut-il, selon vous, continuer à rembourser l'homéopathie ?
Tout d'abord, parce que la demande des patients vers une médecine homéopathique est grande. Ensuite, je pense que les autorités devraient plutôt promouvoir la médecine homéopathique parce qu'elle est beaucoup moins chère que la médecine traditionnelle qui prescrit des médicaments classiques, allopathiques. Il existe des pays comme Cuba qui promeuvent les traitements homéopathiques à grande échelle parce qu'ils n'ont pas tant d'argent que cela. Ils ont constaté que cela fonctionne très bien, notamment pour les préventions contre les épidémies, fréquentes lors des catastrophes naturelles. Je pense donc qu'il est tout à fait ridicule d'arrêter de rembourser les médicaments homéopathiques qui aident beaucoup de patients.
Pouvez-vous résumer en quoi consiste l'homéopathie ?
Le mot "homéopathie" se base sur la loi de la similitude, "homéo", en grec. On va donner un remède à un patient qui présente un certain nombre de symptômes. Un remède qui, chez un homme sain, va produire ces mêmes symptômes. Les médicaments homéopathiques sont des substances du règne minéral, végétal ou animal, qui sont grandement diluées mais aussi dynamisées. Cela fait toute la différence, c'est capital pour l'efficacité du produit. Notre rôle en tant qu'homéopathe est d'essayer de décrire comment est sa maladie et cela va nous donner des symptômes qui vont nous aider dans le choix du remède.
Combien de Belges ont recours à l'homéopathie ?
En pourcentage, on pourrait parler de 60 à 65 % des patients belges qui ont déjà suivi un traitement homéopathique. C'est un chiffre qui ressort souvent. Il y a beaucoup de raisons qui poussent une personne à, à un moment donné de sa vie, choisir une autre approche thérapeutique sérieuse. Je précise sérieuse car, en Belgique, il n'y a que les docteurs en médecine qui sont à même de pratiquer l'homéopathie.
Que répondez-vous aux scientifiques qui ont démontré dans leurs études l'inefficacité des traitements homéopathiques ?
Les personnes qui, actuellement, nous disent que l'homéopathie ce n'est rien du tout, que ce ne sont que des placebos : soit ce sont des ignorants, soit ce sont des gens de mauvaise volonté, voire les deux. Cela fait 35 ans que je pratique l'homéopathie en tant que médecin. Je vois tous les jours, et mes confrères aussi, des résultats aux traitements que je prescris. Que ce soit des bébés de quelques jours qui ont des diarrhées ou des pneumonies, des personnes adultes ou de vieilles personnes : on constate que l'homéopathie fonctionne. Des études prouvent que le remède homéopathique a plus d'efficacité qu'un simple placebo. D'autres études ont comparé l'efficacité des médicaments allopathiques et homéopathiques et ont démontré que les résultats étaient au moins aussi bons que ceux des médicaments traditionnels, avec les effets secondaires en moins.
Un autre exemple : le cancer et l'oncologie. Aujourd'hui, on ne peut plus dire que les patients atteints de cancers ne peuvent pas être traités par l'homéopathie. Je crois que toutes les personnes qui continuent leur traitement classique et qui sont, en plus, aidées par l'homéopathie, se sentent mieux.
On ne rejette pas la médecine traditionnelle, apprise à l'université, mais il ne faut pas dire n'importe quoi sur l'homéopathie.
Entretien : Louise Vanderkelen
Qu'est-ce que l'homéopathie ?
L'homéopathie est une technique thérapeutique mise au point au XVIIIe siècle par le docteur Hahneman, un médecin allemand.
Elle repose sur deux principes : la similitude, "c'est-à-dire qu'une substance qui est capable de provoquer certains symptômes chez des personnes saines pourra, lorsqu'elle est administrée à des doses généralement très faibles, diluées et dynamisées (secouées), guérir des sujets malades qui présentent des symptômes identiques" ; ainsi que l'individualisation, "c'est-à-dire que le médecin homéopathe prend en compte tous les symptômes spécifiques du malade et compare son image à celle du remède homéopathique. Celui-ci est donc choisi en fonction des réactions du malade en tant qu'individu et non en fonction de la maladie", peut-on lire sur le site belgium.be
Ces médicaments doivent être notifiés auprès de l'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé où ils font l'objet d'une procédure d'autorisation de mise sur le marché.
Les remboursements
La plupart des mutualités remboursent partiellement les médicaments homéopathiques pour leurs membres disposant d'une assurance complémentaire.
Ces remboursements varient selon les mutualités entre 20 % et 50 % du prix d'achat des médicaments. En moyenne, ces remboursements sont plafonnés à 75 euros par an.