Arrêtons d'être les valets des États-Unis
Selon différents experts, les Américains peuvent rendre nos futurs avions de combat F-35 inutilisables. Plutôt problématique, alors que notre allié de toujours devient de plus en plus hostile.

- Publié le 26-01-2025 à 15h00

Ceci est de la fiction. Nous sommes en 2027 et après plusieurs tentatives infructueuses de rachat, Donald Trump décide de prendre possession par la force du Groenland. L'Europe s'y oppose et annonce envoyer des troupes dans la région. À la base de Florennes, les pilotes de l'armée belge sont mobilisés. Ils montent dans leurs tout nouveaux avions de combat F-35, livrés quelques mois plus tôt. Et là… impossible de décoller. Quelque part aux États-Unis, on a neutralisé l'avion.
De la pure fiction ? Pas tant que cela, selon plusieurs experts. Le F-35 est un avion de cinquième génération construit par l'Américain Lockheed Martin, une entreprise historiquement proche du pouvoir américain. La Belgique en a acheté 34 – pour plus de 4 milliards d'euros – dont le premier devrait arriver cet été sur notre territoire. Furtif et hyperconnecté, celui que d'aucuns surnomment le Ferrari des airs, "communiquent" beaucoup de données de vols vers un centre d'un sous-traitant de Lockheed Martin aux États-Unis.
Une communication jugée nécessaire pour une maintenance optimale. L'avion de combat a aussi besoin régulièrement de mises à jour de ces logiciels sur lesquels l'entreprise US a la mainmise. "Il suffit aux Américains de déconnecter un avion du logiciel de maintenance et de préparation des vols pendant trois jours pour l'empêcher de voler", explique l'ancien aviateur et spécialiste de la Défense, Xavier Tytelman. Quand les Américains vendent du matériel militaire, la souveraineté souhaitée par les pays acquéreurs n'est pas souvent dans le package.
Il suffit aux Américains de déconnecter un avion du logiciel de maintenance et de préparation des vols pendant trois jours pour l'empêcher de voler."
Si une certaine centralisation et un partage de données ont du sens dans le cadre d'une armée "intégrée" de l'Otan, elle pose question quand l'allié devient "hostile", comme c'est le cas de la nouvelle administration Trump.
On ne reviendra pas sur cette question d'achat des F-35 par notre pays qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. Depuis la seconde guerre mondiale, la Belgique, comme beaucoup de pays européens a choisi de se mettre sous la coupole militaire de l'Oncle Sam, "l'allié historique", souvent par pragmatisme et facilité.
Les États-Unis nous ont libérés des horreurs du nazisme et on leur en sera éternellement reconnaissants. Mais l'histoire n'est jamais figée. Soyons clairs : on ne va pas rentrer en guerre demain contre les États-Unis. Ce serait toutefois une erreur de ne pas constater que l'allié de toujours est en train de changer. Il devient fort dominant, à certains égards potentiellement dangereux. Sur des sujets sensibles, il déclare avoir un agenda opposé aux nôtres.
L'Europe ne manque pas de technologie, mais de choix politiques forts
Peut-être que Trump est "un mauvais moment" de quatre ans à passer. Mais après lui, qui arrivera ? La porte impérialiste a été ouverte de l'autre côté de l'Atlantique et personne ne sait si ou quand elle se refermera. On ne peut de toute façon plus imaginer une Défense sans souveraineté, sans contrôle total de notre outil militaire. On peut difficilement revenir en arrière sur nos F-35, cela aurait un impact financier gigantesque pour la Belgique.
Doit-on pour autant rester pieds et poings liés aux États-Unis durant les quarante ans que sont censés durer ces avions ? Certainement pas. Il existe un programme européen pour le prochain avion de chasse, le Scaf. La Belgique n'y est qu'observatrice pour l'instant, mais elle doit y rentrer de plain-pied. On a des industriels de pointe dans le domaine, comme la Sabca et la Sonaca, qui participent d'ailleurs au programme F-35.
L'Europe ne manque pas de technologie, mais de choix politiques forts. Unis, les Européens peuvent être les maîtres du ciel, comme ils l'ont prouvé dans l'aviation civile où Airbus dépasse largement l'Américain Boeing. Il est temps de prendre sa Défense en main et d'arrêter d'être les valets de l'Oncle Sam.