Nouvelles alertes à la bombe: au moins onze vols européens visés, une "probable campagne coordonnée" soupçonnée
Plusieurs aéroports européens sont confrontés à une série de fausses alertes ces derniers jours. Les autorités restent vigilantes face à ces menaces répétées.

- Publié le 06-11-2026 à 12h52
- Mis à jour le 06-11-2026 à 17h04

Une série de fausses alertes à la bombe agite l'Europe vendredi, après des dizaines d'alertes similaires cette semaine, visant des vols commerciaux mais aussi des médias et mobilisant les forces de sécurité. Le gouvernement irlandais a dénoncé vendredi une "probable campagne coordonnée".
Onze vols au départ ou à destination de Prague et de Sofia ont fait l'objet d'une alerte à la bombe, a déclaré l'aéroport de la capitale tchèque à l'AFP.
Quatre nouvelles alertes à la bombe ont été également émises vendredi sur des avions survolant le territoire français, qui ont atterri "sans encombre" et sur lesquels les services de déminage "procèdent aux inspections de sécurité", ont annoncé les services du Premier ministre.
Un vol de la compagnie Ryanair qui devait partir de Lisbonne en direction de Rome vendredi matin a aussi été visé par une "menace de bombe" qui s'est avérée sans fondement, d'après les autorités portugaises.
Après de fausses alertes similaires en début de semaine, au moins 20 vols avaient été déjà visés par des alertes à la bombe jeudi. Dans tous ces cas, aucun explosif n'a été retrouvé.
"L'Otan continue de surveiller la situation et de se coordonner étroitement avec les alliés", a commenté l'organisation transatlantique.
Le secteur des médias a également été ciblé vendredi en Irlande. Les locaux de plusieurs médias irlandais dont le groupe audiovisuel RTÉ ont été évacués vendredi matin après avoir reçu une alerte à la bombe.
Une enquête ouverte par le parquet de Charleroi
Le parquet de Charleroi a confirmé vendredi en milieu de journée l'ouverture d'une enquête à la suite d'une fausse alerte à la bombe lors d'un vol Ryanair en provenance de Pescara (Italie) et à destination de l'aéroport de Charleroi, jeudi en début d'après-midi. Un message "bombe" avait été découvert dans les toilettes de l'appareil, déclenchant la phase d'alerte.
La découverte du message, jeudi à 13h13, a contraint le commandant de bord de l'appareil à alerter la tour de contrôle, qui a ensuite averti les autorités aéroportuaires. Conformément aux procédures en vigueur, la phase d'alerte a été enclenchée et la cellule de crise réunissant les représentants des services d'intervention habilités a été mise en place.
"Les passagers ont été maintenus à bord de l'appareil le temps que l'inspection de l'ensemble des bagages et des passagers puisse être organisée", avait expliqué l'aéroport. "Les passagers ont été progressivement débarqués et chacun d'entre eux a fait l'objet d'un screening complet en présence de chiens renifleurs." Ces vérifications ont confirmé que l'appareil et les bagages étaient sûrs, mettant fin à la phase d'alerte.
Une vingtaine de vols en Europe ont été visés jeudi par de fausses alertes à la bombe. En matinée, un avion en provenance de Varsovie a atterri à Brussels Airport après un signalement suspect. Sur la base des investigations de la police, aucune mesure de sécurité supplémentaire n'a été jugée nécessaire.
Le parquet de Charleroi a confirmé vendredi qu'une enquête était ouverte concernant l'incident à l'aéroport de Charleroi.
"opérations hybrides" ?
"Nous ne savons pas encore s'il s'agit d'une personne derrière cette opération ou d'une action coordonnée", a déclaré le vice-Premier ministre Simon Harris à la radio, évoquant une "situation très sérieuse et évolutive".
Cette série de fausses alertes, difficiles à attribuer, a pour conséquence de mobiliser les services de sécurité et de semer la peur, à zéro coût, soulignent les experts.
Sans préjuger de l'identité des auteurs, "il faut le voir dans le cadre des opérations hybrides contre les Etats européens", a réagi auprès de l'AFP Jean-Marc Rickli, directeur des risques globaux et émergents au Centre de Politique de Genève.
"Ca ne coûte rien à celui qui le fait mais ça a un impact important au niveau logistique et bien sûr sur la perception des populations. Les autorités ne peuvent ignorer ces alertes car si une se matérialise, elles seront tenues pour responsable", fait-il valoir.
Le flou entourant les auteurs de ces alertes rend d'autant plus difficile de trouver une parade.
Des revendications envoyées jeudi aux aéroports de Rome et de Sofia émanaient des "combattants de l'État masculin". Cela semble renvoyer au nom d'un mouvement ultranationaliste russe, sans qu'il soit possible de vérifier le lien. En réponse à des questions de journalistes à ce sujet, le fondateur de ce mouvement, Vladislav Pozdniakov, a affirmé sur Telegram que celui-ci "n'existe tout simplement pas depuis 2021", année de son interdiction par les autorités russes.
Les Européens accusent régulièrement la Russie et l'Iran de conduire des opérations de déstabilisation contre eux sur leur territoire, qu'il s'agisse de campagnes de désinformation, de sabotage ou de cyberattaques.
"éviter de sur-réagir"
Ces dernières années "ont émergé des situations d'affrontements intermédiaires, sous le seuil des conflits armés, qui impliquent des Etats dans la conduite d'actions hostiles et de déstabilisation envers d'autres Etats", parfois au travers de proxys, souligne une source sécuritaire européenne, en citant "actions cyber, manoeuvres informationnelles, d'intimidations, ou encore l'instrumentalisation des flux migratoires".
Selon le chef de la police londonienne, Mark Rowley, il va s'agir de garder la tête froide.
"Nous avons déjà connu cela par le passé. Quand nous faisions face aux menaces terroristes liées à l'IRA (groupe paramilitaire irlandais, ndr), il y a des décennies, nous parlions de 'terrorisme à 10 pence' : un faux appel annonçant une bombe pouvait perturber toute une ville. Nous avons dû apprendre à vivre en faisant la part entre ce qui était un canular et ce qui était réel", a-t-il déclaré vendredi sur la radio BBC 4.
"Dans ce nouvel environnement de menaces, avec des acteurs malveillants aux quatre coins du monde, parfois téléguidés par des États hostiles, nous allons devoir adapter cette même méthode, pour éviter de sur-réagir à chaque message que nous recevons en ligne".