Au Forum économique de Davos, Donald Trump trouvera Greta Thunberg sur son chemin
Le 50e Forum économique mondial s'ouvre ce mardi à Davos (Suisse). Donald Trump et Greta Thunberg figurent en tête d'affiche des invités. Oxfam publie, à la veille de l'événement, un rapport alarmant sur les inégalités économiques.

- Publié le 20-01-2020 à 09h10
- Mis à jour le 23-01-2020 à 19h47

Le 50e Forum économique mondial s'ouvre ce mardi à Davos (Suisse). Donald Trump et Greta Thunberg figurent en tête d'affiche des invités. Oxfam publie, à la veille de l'événement, un rapport alarmant sur les inégalités économiques.
À moins d'un changement de dernière minute, Donald Trump sera présent, mardi, à l'ouverture du 50e Forum économique mondial organisé, du 21 au 24 janvier, à Davos, en Suisse. Mais n'en déplaise au Président - dont, ironie du sort, le procès en destitution débutera le même jour au Sénat américain -, M. Trump devra y partager la vedette avec la jeune Suédoise Greta Thunberg (qui en sera à sa deuxième participation consécutive).
Rien n'indique que Donald Trump et Greta Thunberg - les deux personnalités qui incarnent, aux yeux du monde, l'opposition entre climatosceptiques et tenants de mesures urgentes contre le réchauffement de la planète - se croiseront dans la célèbre station des Grisons. Toujours est-il qu'ils focaliseront tous les regards des quelque 3000 participants (chefs d'État et de gouvernement, dirigeants d'entreprise, experts, ONG, journalistes, etc.) attendus à Davos.
Des dirigeants d'entreprises préoccupés
On se souvient qu'en septembre, lors du sommet de l'Organisation des Nations unies sur le climat à New York, Greta Thunberg s'en était prise, dans un discours resté dans les mémoires, aux puissants de la planète et à leur inaction face aux dérèglements climatiques. Des images d'elle tançant d'un regard noir Donald Trump dans les couloirs de l'Onu avaient fait le tour du monde. En décembre, le président américain s'était ouvertement moqué, via Twitter, de la jeune scandinave alors qu'elle venait d'être désignée "Personnalité de l'année" par le magazine Time.
A priori, le thème de ce 50e Forum de Davos, "Parties prenantes pour un monde cohérent et durable", devrait plaire à Greta Thunberg et à ses très nombreux partisans. Elle aura aussi probablement pris connaissance, avec intérêt, de l'étude publiée la semaine dernière par les organisateurs du Forum économique mondial. Il en sortait que, pour les 750 dirigeants d'entreprises et experts internationaux interrogés par le Forum, les cinq premières préoccupations pour la décennie à venir sont toutes liées à l'environnement, avec, en priorité, les événements météorologiques extrêmes et l'incapacité des gouvernements et du monde économique à agir contre le changement climatique.
Alors, si le combat de Greta Thunberg semble avoir de l'écho parmi les participants au Forum de Davos (dont le roi Philippe, comme on le lira plus bas), on peut douter que Donald Trump profite de son passage en Suisse pour modérer ses positions en matière environnementale.

"Les inégalités économiques échappent à tout contrôle"
C'est devenu une tradition : profitant de l'écho médiatique du Forum économique mondial, Oxfam-Solidarité publie un rapport sur les inégalités économiques et sociales à travers le monde. Avec, à chaque édition, son lot de chiffres "chocs" destinés à sensibiliser les chefs d'État et de gouvernement, ainsi que les dirigeants d'entreprises, qui se rendent à Davos.
Les conclusions du rapport 2020 de l'ONG britannique, rendues publiques ce lundi, ne montrent aucune amélioration de la situation. Que du contraire. Le fossé continue même à se creuser. "Au sommet de l'économie mondiale, peut-on lire, se trouve une minorité de personnes incroyablement riches. Leur fortune augmente de façon exponentielle au fil du temps. […] Dans le même temps, à la base de l'économie, des filles et des femmes assument chaque jour l'équivalent de 12,5 milliards d'heures de travail de soin non rémunéré".
En chiffres, ce fossé se traduit de la manière suivante(1) : les 2 153 milliardaires que compte le monde se partageaient, en 2019, plus de richesses que 4,6 milliards de personnes (soit l'équivalent de 60 % de la population mondiale). Ou encore comme ceci : les 22 hommes les plus fortunés au monde possèdent plus de richesses que l'ensemble de la population féminine d'Afrique.
Un système économique "injuste et sexiste"
Oxfam insiste tout particulièrement, cette année, sur la contribution "invisible" des femmes à l'économie mondiale. L'ONG avance que 42 % des femmes en âge de travailler dans le monde, contre à peine 6 % des hommes, n'occupent pas d'emplois rémunérés du fait de leurs responsabilités en matière de soins (enfants, personnes âgées), de préparation des repas, de nettoyage, de collecte d'eau… Et, même dans les cas où un travail est fourni contre salaire, il est largement dévalorisé (puéricultrices, travailleuses domestiques, aides-soignantes…).
Pour Oxfam, ce clivage profond s'appuie sur un système économique "sexiste et injuste" qui valorise davantage la richesse d'une minorité privilégiée, constituée d'hommes principalement.
"Les inégalités économiques échappent à tout contrôle", constate l'ONG, selon laquelle, sans mesures déterminantes, la situation ne fera qu'empirer.
"Il est temps que cela change", insistent les auteurs du rapport. Pour Oxfam, les gouvernements du monde entier doivent agir maintenant afin de construire une économie centrée sur l'humain, qui défende des valeurs féministes et valorise ce qui est réellement important pour la société, plutôt que d'alimenter une course sans fin au profit et à la richesse. "Des solutions existent et il y a urgence à les mettre en place : investir dans des systèmes de soin afin de répartir plus équitablement le travail de soin effectué aujourd'hui par les femmes et les filles et mettre en place une fiscalité plus juste et progressive qui taxe davantage les grandes fortunes et qui favorise les aidant-e-s".
(1) Les données sur la répartition des richesses dans le monde sont tirées du "Global Wealth Databook 2019" du Credit Suisse Research Institute. Les données sur les personnes les plus fortunées de la société proviennent du classement des milliardaires de 2019 de Forbes.

Forum économique: présents et absents
Chine-Europe | Quelques jours après la signature d'un accord commercial préliminaire sino-américain, marquant une trêve après deux années de tensions, le vice-Premier ministre chinois Han Zheng conduira à Davos une délégation officielle. On y retrouvera notamment Ren Zhengfei, l'emblématique fondateur de Huawei. L'Europe sera représentée, entre autres, par la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et la chancelière allemande Angela Merkel.
Iran-Irak | Attendu initialement à Davos, le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif a finalement annulé sa participation. Le président irakien Barham Saleh, lui, sera présent.
Quid de la participation belge ?
Comme chaque année , le couple royal belge participera au Forum de Davos, dès ce mardi. Si la reine Mathilde restera sur place jusqu'à jeudi, le roi Philippe devra déjà partir mercredi pour assister aux commémorations du 75e anniversaire de la libération du camp de concentration d'Auschwitz. L'événement aura lieu à Yad Vashem, à Jérusalem. À Davos, les souverains seront accompagnés de la Première ministre Sophie Wilmès (MR) et du vice-Premier ministre en charge de la Coopération au développement, Alexander De Croo (Open VLD). Ensemble, ils assisteront à la réception belge, qui vise à promouvoir la Belgique auprès d'investisseurs étrangers.
Le programme du Roi sera, pour l'essentiel, centré sur les enjeux environnementaux. Il assistera à une conférence où la jeune militante suédoise Greta Thunberg prendra la parole, ainsi qu'à un lunch avec Marco Lambertini, le directeur général du WWF International. Il aura aussi des rencontres en tête-à-tête avec le financier américain Stephen Schwarzman, l'investisseur indien Uday Khemka et le président du World Resources Institute, Andrew Steer. La Reine aura, quant à elle, des activités sur les thématiques de l'entrepreneuriat social et de la maladie mentale, ainsi qu'une série d'entretiens et de rencontres dans le cadre de sa fonction de défenseur des Objectifs de développement durable promus par les Nations unies.