CRM : Le pari osé de Tinne Van der Straeten
Le CRM belge est très particulier par rapport à ce qui a été mis en place dans d'autres pays européens.
- Publié le 11-06-2021 à 09h36
- Mis à jour le 10-08-2021 à 15h47

Tous les acteurs du secteur s'accordent à le dire : le CRM belge est très particulier par rapport à ce qui a été mis en place dans d'autres pays européens. Ainsi, il accorde une place importante à l'enchère d'octobre 2024, une année seulement avant la sortie du nucléaire. Au contraire, le volume mis aux enchères en octobre 2021 est limité, comparativement aux autres CRM mis en place en Europe. Comment expliquer cette décision de Tinne Van der Straeten (Groen), la ministre de l'Énergie ? Il faut savoir que les projets de nouvelles centrales au gaz participeront uniquement à l'enchère de 2021. En effet, plus de trois ans sont nécessaires pour construire une nouvelle centrale. L'enchère de 2024 arrivera donc trop tard pour les unités au gaz. En limitant l'importance de l'enchère de 2021, Tinne Van der Straeten a probablement voulu limiter l'importance du gaz dans notre "mix" électrique, ainsi que réduire le coût du CRM.
Deux ou trois centrales au gaz
Le secteur estime d'ailleurs que deux ou trois centrales au gaz seulement remplaceront nos sept centrales nucléaires. En simplifiant très fortement, on remplace donc 6 000 MW de nucléaire par 2 300 MW de centrales au gaz.
Sera-ce suffisant pour assurer notre sécurité d'approvisionnement ? En réalité, le déficit devra être comblé lors de l'enchère de 2024. Et vu le délai d'un an qu'il restera avant la sortie complète du nucléaire, ce sont principalement des batteries et de la gestion de la demande qui participeront à cette enchère d'ajustement.
Certains estiment d'ailleurs que le délai d'un an est relativement court pour obtenir les permis des batteries. En conséquence, la gestion de la demande pourrait combler le gros du déficit. Après application d'un facteur de "derating" moyen de 30 %, qui tient compte de la disponibilité réelle d'un moyen de production, cela signifie qu'il faudrait obtenir 5 000 MW de contrats de gestion de la demande pour arriver à l'objectif de 1 500 MW. Un niveau considérable…
Payé pour ne pas consommer
La gestion de la demande est constituée par des industries et entreprises qui acceptent, contre rémunération, de couper ou réduire leur consommation d'électricité lorsqu'une pénurie est attendue. En théorie, il n'y a qu'à trouver des candidats et signer des contrats. Certains estiment cependant qu'il s'agit d'un sacré défi, étant donné les volumes à aller chercher.
Si le pari est réussi, il permettra néanmoins de limiter la construction de nouvelles centrales au gaz en Belgique et donc la hausse des émissions de CO2. Des centrales qui seront subsidiées et produiront minimum pendant quinze ans. Jusqu'en 2040 donc.
