Dans le chef de certains libéraux, il y a une volonté de "détruire l'image du renouvelable"
Cette sortie d'Edora intervient alors que plusieurs dossiers importants sont sur la table du gouvernement wallon.
- Publié le 16-09-2022 à 06h38
- Mis à jour le 21-09-2022 à 14h53

Fawaz Al Bitar est directeur d'Edora, la fédération qui représente le secteur des énergies renouvelables. Il est remonté contre le gouvernement wallon, et le MR en particulier.
Selon Fawaz Al Bitar, il y a une volonté, dans le chef de certains libéraux, de "détruire l'image du renouvelable". Il estime que le dossier renouvelable est devenu l'otage d'une guerre politique entre le MR et Ecolo. "Il y a une politisation de ce dossier, dénonce-t-il. Résultat, aucune mesure structurelle n'a été prise, depuis le début de la crise énergétique, pour favoriser le déploiement des énergies renouvelables. Or, selon nous, il s'agit de la vraie solution durable à la crise".
Fawaz Al Bitar aimerait que la Wallonie développe une politique en faveur du déploiement des énergies renouvelables. Mais, selon lui, le dossier nucléaire occupe tout l'espace politique et médiatique. "Tout le monde a compris que le MR avait une sympathie pour le nucléaire, explique-t-il. Qu'ils encensent le nucléaire, c'est leur problème. Mais je n'admets pas qu'ils cassent la crédibilité du renouvelable. Je ne dis pas que tout le MR est contre le renouvelable, mais j'aimerais que le parti se prononce en sa faveur. Georges-Louis Bouchez a déclaré qu'il n'avait rien contre le renouvelable, mais qu'il le démontre dans les faits. À moyen terme, les centrales nucléaires existantes vont fermer. Le MR devrait donc avoir une vision sur les énergies renouvelables." Le directeur d'Edora est également critique avec le PS, et dans une moindre mesure avec Ecolo.
Gros dossiers sur la table
Cette sortie d'Edora intervient alors que plusieurs dossiers importants sont sur la table du gouvernement wallon. Il y a, bien sûr, le Plan air climat énergie 2030, qui contient des mesures controversées comme la limitation de la vitesse à 100 km/h sur les autoroutes, ou l'interdiction des chaudières à mazout.
Citons aussi la "pax eolienica", un ensemble de mesures destinées à favoriser l'implantation d'éoliennes en Wallonie. Le dossier, porté par Philippe Henry, le ministre wallon de l'Énergie (Écolo), a été discuté avant les vacances parlementaires. Faute d'accord politique, il devrait bientôt revenir sur la table du gouvernement wallon.
Le sujet est délicat. L'une des mesures consiste à revoir la réglementation relative à la distance minimale entre une éolienne et une habitation. Actuellement, cette distance est de minimum quatre fois la hauteur de l'éolienne. Pour une éolienne de 150 mètres de haut, il faut donc respecter une distance de 600 mètres.
Les promoteurs éoliens souhaiteraient qu'une distance fixe de 600 mètres soit suffisante, quelle que soit la hauteur de l'éolienne. Cela permettrait de faciliter l'implantation d'éoliennes de 180, 200, voire 230 mètres de haut, qui produiraient respectivement 30, 50 % et 80 % d'électricité en plus qu'une éolienne de 150 mètres.
"Cela devient urgent, dénonce Fawaz Al Bitar. En Wallonie, on ne sait quasiment pas installer d'éoliennes de grande taille. Or, on ne trouvera bientôt plus de petites éoliennes sur le marché. En outre, avec une éolienne de 230 mètres de haut, il est possible qu'on puisse se passer de subsides. Et cela même quand les prix de l'électricité reviendront à la normale".
On le sait, Edora réclame également une révision de la politique d'octroi des permis éoliens. Willy Borsus (MR), le ministre wallon de l'Aménagement du territoire, et Céline Tellier (Écolo), la ministre wallonne de l'Environnement, sont responsables de l'octroi de permis, en cas de refus en première instance.
Or, selon Fawaz Al Bitar, Willy Borsus a tendance à s'opposer au permis quand un projet est contesté par un bourgmestre MR. Précisons néanmoins que le permis doit être validé à la fois par Céline Tellier et par Willy Borsus pour être octroyé. Or on ne sait pas exactement qui a voté contre, en cas de refus. "Cela dilue la responsabilité des ministres, commente Fawaz Al Bitar. Il faut changer ce système afin que le ministre assume sa décision."
Enfin, le directeur d'Edora dénonce une circulaire de Willy Borsus, dont l'objectif est d'encadrer l'implantation de champs photovoltaïques en zone agricole. "Il s'est montré très clair, il ne veut pas de l'agrivoltaïsme, regrette Fawaz Al Bitar. Je charge Willy Borsus, mais je n'ai pas assez entendu Ecolo et le PS s'opposer à cette circulaire. Pourtant, le photovoltaïque a une place importante dans la Déclaration de politique régionale. C'était à eux de taper du poing sur la table quand Willy Borsus est venu avec cette circulaire".
