Le Qatar prêt à livrer plus de gaz aux Européens... mais pas tout de suite
Premier producteur mondial de gaz liquéfié, il est fort courtisé.
- Publié le 16-09-2022 à 13h11
- Mis à jour le 19-09-2022 à 14h14

Adossé à la troisième réserve de gaz naturel, offshore, dans le monde, le Qatar est assis dans un fauteuil de velours ces temps-ci. Sa place de premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié (LNG) lui assure une rente phénoménale. Son surplus budgétaire s'établissait au premier semestre à 12,8 milliards de dollars.
Pourtant, face à des Européens aux abois, l'émirat n'a pas la possibilité technique de fournir à court terme plus de gaz à l'Europe ; il ne pourra le faire qu'en 2026 avec l'expansion de ses forages dans le gisement North Field/South Pars qu'il partage avec l'Iran. "Ce n'est pas comme avec le pétrole. Vous ne pouvez pas ouvrir et fermer le robinet. Tous nos méthaniers et notre logistique sont basés sur une production annuelle de 77 millions de tonnes de gaz naturel liquéfié", indique-t-on de source qatarie.
Le message est porté par l'émir du Qatar lui-même dans une rarissime interview au magazine Le Point parue jeudi. "Nous voulons aider l'Europe et nous allons lui fournir du gaz dans les années qui viennent", assure Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani. "Mais il n'est pas vrai que nous puissions nous substituer au gaz russe".
Défilé incessant à Doha
Pourtant, ce ne sont pas les sollicitations qui manquent. Les délégations européennes, américaines et asiatiques défilent au siège marbré de QatarEnergy, l'un des gratte-ciel de Doha, chacun cherchant à assurer sa sécurité énergétique face à l'arrêt partiel des livraisons de gaz russe. Dernier en date, le 7 septembre : Charles Michel, président du Conseil européen, est venu à Doha souligner "l'amitié avec le Qatar" dans ces temps de "défis extrêmement difficiles".
L'Europe est durement touchée par le prix du gaz, qui se négociait jeudi sur le marché néerlandais du TTF-Future à environ 226 euros par mégawattheure, soit encore sept fois le prix d'il y a un an.
Les Européens comprennent les contraintes qataries et négocient des contrats à moyen et long terme. Le Qatar entend porter sa production de gaz liquéfié à 110 millions de tonnes en 2025 (peut-être dès la fin 2024), puis à 126 millions vers 2027.
L'Allemagne - qui dépendait à 55 % du gaz russe en 2021 - négocie actuellement avec le Qatar et construit dans l'urgence trois terminaux gaziers LNG à terre et trois terminaux flottants en mer pour accueillir des alternatives au gaz russe.
Sur ce plan, la Belgique est au balcon. Ses relations avec le Qatar datent et Fluxys a signé en 2019 avec Qatar Terminal Limited (QTL) un contrat assurant des slots de déchargement à Zeebruges jusqu'en 2044.

Mais la concurrence asiatique est forte. Le Qatar n'exporte en Europe qu'un "peu plus de 10 %" de son gaz liquéfié, le reste va essentiellement en Asie. Il n'a pas d'état d'âme, sépare la politique du business et vend au plus offrant. "Quand nous étions sous embargo notamment des Émirats arabes unis, nous avons continué à leur vendre du gaz", souligne-t-on à Doha.
"Tout le monde vient nous parler", poursuit cette source qatarie, qui se pose des questions sur la libéralisation du marché du gaz européen qui a été amorcée en 1998. "Les Européens sont inquiets pour leur avenir. Cela dit, aucun des gouvernements européens n'a la capacité d'acheter du gaz. En Chine, au Japon ou en Corée du Sud, ce sont des entités publiques qui viennent nous voir. Alors qu'en Europe, ce sont des entreprises. Les Européens disent qu'ils veulent unifier leur marché. Pour le Qatar, ce serait mieux. Nous aurions un gros acheteur pour un gros vendeur".
Les 27 Etats-membres de l'Union européenne ont aussi décidé le 9 septembre dernier de mandater la Commission pour trouver un système pour plafonner les prix du gaz. Un projet que le Qatar "ne comprend pas" car dans un marché libre, le producteur va là où le prix est le plus élevé. En d'autres termes, si le Royaume-Uni décide de payer un centime de plus le mégawattheure, le Qatar irait livrer son LNG chez lui plutôt que dans l'UE…
"Sans batteries, le gaz s'impose"
Sans surprise, le Qatar se fait l'avocat de la source d'énergie qui le rend si riche. Pour lui, le gaz est un outil de la transition énergétique pour "plus de cent ans encore"et qui vaut mieux que le très polluant charbon "dont la production n'a jamais été aussi élevée".
L'émirat croit dans les panneaux solaires comme l'un des outils pour combattre le réchauffement climatique qui frappe fortement la région du Golfe arabo-persique, avec des températures dépassant les 40 degrés pendant l'été : dix pourcents de la production électrique durant la Coupe du monde de football seront assurés par eux. Mais il ne croit pas dans l'abandon du gaz : "sans solution de batteries, le gaz s'impose car il est disponible tout le temps", au contraire des panneaux photovoltaïques dont la production est interrompue la nuit.