"Si rien n'est fait, seuls les ultra-riches pourront survivre": des restaurateurs bruxellois alertent sur la hausse des prix de l'énergie
Avec "Bruxelles in the Dark", l'Horeca alerte sur la hausse des prix de l'énergie.
- Publié le 29-09-2022 à 21h18
- Mis à jour le 30-09-2022 à 19h45

"Stefano, on sera bien prêts à 17h ? On le met où, l'écailler ?" Au bar Chez ta mère, à deux pas de la maison communale d'Ixelles, l'effervescence est à son comble en ce jeudi après-midi. Cageots d'huîtres, verres à bières, bouteilles de limonade : les livraisons défilent sur le pas de la porte. Derrière les fourneaux, le cuisinier et gérant de l'établissement, Pierre Millour, parfait l'assaisonnement de son plat du jour. Dans un coin de la salle, chandeliers, cierges et autres bougies attendent d'être installés sur les tables. D'ici quelques heures, ce café de la place Fernand Cocq accueillera ses clients dans une obscurité (quasi) totale. Dans le cadre de l'action "Bruxelles in the Dark", gaz et électricité seront coupés le temps d'une soirée afin d'alerter sur la hausse des prix de l'énergie. "On garde juste les frigos allumés pour des raisons d'hygiène, ainsi que le Bancontact", précise Pierre Millour, coorganisateur du projet avec Pia Renaudat, gérante du Petit Mercado à Saint-Gilles.
Ne pas tomber dans le misérabilisme
"L'idée de 'Bruxelles in the Dark' est née il y a trois semaines, quand Pia et moi avons reçu nos indexations pour les factures de gaz et d'électricité", raconte Pierre. "Personnellement, je suis passée de 600 € à 1800 € de charges mensuelles, déplore Pia. C'est juste impossible d'absorber ces coûts-là !" "Ce n'est pas seulement nos factures qui augmentent, ce sont aussi celles de nos fournisseurs, qui indexent par conséquent le prix de nos matières premières, complète Pierre. Ma burrata est par exemple passée de 1,70 € en juin à 2,40 € en septembre."

Face à l'inflation généralisée, les deux restaurateurs n'ont pas voulu rester les bras croisés. "On voulait sensibiliser notre clientèle et le monde politique, sans tomber dans le misérabilisme", précise Pierre. "On s'est dit que c'était un bon moyen d'interpeller sur notre situation critique, mais d'une façon sympa et liée à l'événementiel", abonde Pia.
Au total, onze établissements bruxellois et un restaurant namurois prennent part à l'action, qui s'étend du 29 septembre au 2 octobre. Chaque participant joue le jeu à sa manière, en proposant des repas dans le noir ou des menus revisités. "Au Petit Mercado, on organise un brunch samedi midi, explique Pia. Mais sans recourir au gaz ou à l'électricité, c'est un sacré challenge. On ne peut pas utiliser les machines à café ou à jus, ni cuire d'œufs ou des brioches, qui sont pourtant les éléments essentiels d'un brunch. On part donc sur un menu totalement unique, qui permettra de montrer aux gens à quel point on est dépendant de ces énergies au quotidien."
Un projet qui séduit
Loin d'avoir une vocation commerciale, le concept séduit tout de même la clientèle. La majorité des établissements participants affichent complet ce week-end. "Je ressens un véritable soutien de la part de mes clients, car eux-mêmes traversent ces difficultés, détaille Pia. Toutes les demandes de réservation que je reçois s'accompagnent d'un petit message d'encouragement." Si Pierre se réjouit également de l'engouement suscité par l'action, il se montre très pessimiste quant au futur de sa profession. "Si rien n'est fait, la classe moyenne de la restauration va disparaître. On risque de se retrouver d'un côté avec les 'dark kitchens', qui font des moussakas à 8 € livrées par des cyclistes sous-payés, et de l'autre avec des restos concepts qui font pousser des aubergines bios sur un toit et qui proposent des menus 'dégustation' à 150 €, caricature le gérant. Seuls les grandes chaînes ou les ultra-riches pourront survivre. "
"Un appel à l'aide"
Face à ces difficultés, les deux restaurateurs attendent des réponses. "Ce n'est pas à nous de décider des aides à accorder, on n'est pas politicien ni économiste, reconnaît Pia. Mais par notre action, on tire la sonnette d'alarme. C'est un véritable appel à l'aide." Un appel saisi au vol par la Fédération Horeca Bruxelles, qui soutient l'événement et joue le rôle de relais auprès du gouvernement régional. "Nous avons rendez-vous avec quatre ministres bruxellois ce vendredi, mais aussi mardi et mercredi prochains, pour trouver des solutions", indique Ludivine de Magnanville, présidente de la fédération. Les représentants des restaurateurs exigent notamment une réduction des charges ONSS liées à l'emploi de collaborateurs, et ce, dès le 1er janvier 2023. "Cette baisse de charges permettra de maintenir un maximum de personnes au travail", conclut Ludivine de Magnanville.