Les Russes veulent faire une croix définitive sur Boeing et Airbus
Lourdement touchées par les sanctions occidentales, les compagnies aériennes russes vont passer un hiver difficile. "Les avions étrangers vont disparaître de la flotte, explique le conglomérat russe Rostec. Nous pensons que ce processus est irréversible et que les avions de Boeing et d'Airbus ne seront plus jamais livrés à la Russie."

- Publié le 30-09-2022 à 12h05
- Mis à jour le 30-09-2022 à 19h45

ll était censé faire son premier vol commercial à la fin de ce mois pour le compte de la compagnie russe Rossyia. Mais le MC-21, nouveau-né du constructeur russe Irkout, a connu du retard à l'allumage. Ce qui posait problème aux Russes n'était pas la fiabilité du moteur de l'avion mais son origine : l'Irkout dispose d'une motorisation fabriquée par le géant américain Pratt&Whitney. Ce qui ne passe plus en cette période de guerre en Ukraine. "À partir de cette année, nous ne comptons plus sur la coopération internationale avec les pays occidentaux, a ainsi expliqué mardi un responsable du conglomérat russe Rostec à l'agence Reuters. Nous pouvons affirmer avec certitude que le MC-21 équipé de moteurs de fabrication américaine ne sera pas livré sur le marché russe."
"Un processus irréversible"
Rossyia devra donc attendre 2024, voire 2025 pour la livraison de son nouvel avion, avec un moteur "made in Russia". Elle n'est pas la seule à se tourner vers du 100 % russe. Sa concurrente Aeroflot, plus grande compagnie du pays, vient aussi de confirmer qu'elle avait commandé 339 avions russes construits localement, qui seront livrés d'ici 2030. Outre des Irkout MC-21, le transporteur de Moscou volera avec des nouveaux Tupolev et des Sukhoi. Là aussi, seules les pièces fabriquées en Russie ou ne provenant pas de pays dits hostiles peuvent être utilisées, y compris les moteurs. "Les avions étrangers vont disparaître de la flotte, confirme-t-on du côté de Rostec. Nous pensons que ce processus est irréversible et que les avions de Boeing et d'Airbus ne seront plus jamais livrés à la Russie. Nous ne nous attendons pas à ce que les sanctions soient allégées et nous élaborons nos plans sur la base du scénario difficile existant."
Mise face au mur, la Russie entend ainsi bien tourner la page de l'ère Airbus et Boeing, traditionnel duopole mondial du marché de l'aviation commerciale. Sans doute plus par nécessité que par choix : s'il y a bien un domaine où les sanctions occidentales font du mal à l'économie russe, c'est dans le secteur de l'aviation commerciale. En plus de Boeing ou Airbus, les constructeurs canadien ou brésilien ont aussi tourné le dos à la patrie de Poutine. Si les compagnies russes avaient bien tenté de retarder l'échéance en ne restituant pas leurs avions occidentaux de location au début de la guerre, les pièces de rechange commencent à se faire cruellement ressentir du côté de Moscou. D'aucuns prévoient ainsi une véritable Bérézina durant cet hiver pour les transporteurs locaux, faute d'avions en état de voler.
Le défi des moteurs
Le tournant est radical. Les avions étrangers, essentiellement des Boeing et des Airbus, représentent 95 % du trafic passagers en Russie. Rostec annonce qu'il livrera plus de 1 000 avions de fabrication russe d'ici 2030. La Russie va devoir combler son retard. Là où en matière d'avions et d'hélicoptères militaires, les Russes rivalisent avec les Occidentaux, ce n'est pas (encore ?) le cas en matière d'aviation commerciale.
En fait, le grand défi des Russes se trouve au niveau des moteurs, pièces fondamentales d'un avion et qui représentent entre 20 et 30 % de son prix d'achat. Pour l'instant, ce marché est ultra-dominé par des pays jugés hostiles par la Russie, que ce soient les américains General Electric et Pratt&Whitney, le britannique Rolls-Royce ou le Français Safran. Les Russes ont bien un motoriste, l'historique Aviadvigatel, mais il faudra encore des années avant qu'il n'arrive au niveau de ses concurrents occidentaux.