L'Opep + baisse sa production, un camouflet pour Joe Biden : un tournant géopolitique ?
Le marché avait déjà anticipé cette annonce, et le prix du baril avait déjà augmenté ces derniers jours.
- Publié le 05-10-2022 à 17h34
- Mis à jour le 05-10-2022 à 23h09

L'Opep +, l'association qui réunit les treize pays membres de l'Opep et leurs dix alliés, a décidé de couper massivement dans ses quotas de production de pétrole. Qu'est-ce que cela signifie concrètement ? Décodage en six questions.
1. Est-ce une réduction importante ?
Un abaissement des quotas de production de 2 millions de barils par jour (bpj), cela représente environ 2 % de la production mondiale de brut. Cette réduction est vingt fois plus importante que celle de 100 000 bpj, décidée en septembre dernier. Néanmoins, on est encore loin de la coupe historique de 9,7 millions de bpj, décidée en avril 2020.
En outre, la réduction des quotas décidée ce mercredi n'aura pas un impact réel de 2 millions de bpj sur le marché. En effet, plusieurs membres de l'Opep + produisent déjà en dessous de leurs quotas. Dans les faits, ces pays ne devront donc pas baisser leur production pour respecter leurs nouveaux objectifs. Selon Bloomberg, seuls huit pays de l'Opep + devront réduire leur production effective, ce qui entraînera une baisse réelle de la production du cartel d'environ 880 000 barils par jour.
2. Pourquoi le pétrole ne flambe pas ?
Le marché avait anticipé cette annonce, et le prix du baril avait déjà remonté ces derniers jours. À l'issue de la réunion de l'Opep +, le Brent a d'ailleurs gagné moins de 2 %, à 93 dollars. Cela reste néanmoins un prix plus élevé que le plancher de 83 dollars, atteint la semaine passée.
3. Un camouflet pour Joe Biden
Cette décision, bien qu'attendue, est un véritable camouflet pour Joe Biden. Selon la presse américaine, la Maison-Blanche a tenté jusqu'au bout d'infléchir la décision du cartel. Pourquoi ? Alors que les élections de mi-mandat se déroulent début novembre, la hausse du prix du pétrole n'est pas une bonne nouvelle pour le président américain. Rappelons que Joe Biden s'était rendu en Arabie Saoudite, en juillet dernier, pour tenter d'obtenir une hausse de la production pétrolière de l'Opep +. Le Démocrate avait d'ailleurs obtenu une très légère hausse des quotas de production du cartel, en août dernier. Cette décision, ainsi que le ralentissement économique mondial, avait fait baisser les prix du brut. Joe Biden était donc crédité d'une action positive en faveur des automobilistes américains. Mais, moins de trois mois après le "check" polémique entre Joe Biden et Mohammed ben Salmane, l'Opep + a donc réalisé un virage à 180 degrés, ce mercredi. Les Républicains ne manqueront pas de mettre en avant cet échec de Joe Biden avant les élections de mi-mandat.
4. Quel impact géopolitique ?
Cette réunion pourrait constituer un tournant géopolitique. Avec cette coupe dans les quotas, l'Arabie saoudite affiche clairement qu'elle n'est plus l'allié fidèle des États-Unis. Par la même occasion, Riyad a montré que son alliance avec la Russie tenait la route, en dépit de l'invasion de l'Ukraine. En effet, l'augmentation du prix du baril est cruciale pour la Russie. Si Moscou a engendré de gros profits au début de la guerre grâce à l'envolée des prix de l'énergie, son budget commence à souffrir. Or, le pétrole est la source de revenus numéro 1 de Moscou. Un baril cher est donc nécessaire pour permettre à Vladimir Poutine de financer sa guerre en Ukraine. Et cela d'autant plus que les sanctions européennes à l'encontre du pétrole russe vont seulement commencer à s'appliquer en fin d'année. Étant donné la probable diminution des exportations russes de pétrole, il est crucial, pour Moscou, que les prix soient élevés.
Par ailleurs, cette décision de l'Opep + va accentuer les efforts occidentaux visant à mettre en place un plafonnement des prix du pétrole russe exporté vers des pays tiers (Chine, Inde, Turquie…). Le but de ce plafonnement est de limiter les profits de la Russie, tout en permettant au pétrole russe d'accéder au marché (ce qui ferait pression sur les prix). Néanmoins, il n'est pas certain que la Chine, l'Inde et d'autres accepteront ce plafonnement. Ces pays pourraient voir cette mesure comme un dangereux précédent…
5. Comment va réagir Joe Biden ?
Dans un communiqué, le président US s'est dit "déçu par la décision à courte vue" de l'Opep +. Alors que les prix de l'énergie flambent, le "maintien d'un approvisionnement mondial en énergie est d'une importance capitale", a-t-il ajouté. La Maison-Blanche a décidé de puiser 10 millions de barils dans la réserve stratégique américaine pour tenter de compenser la décision du cartel pétrolier. L'administration Biden a aussi fait savoir qu'elle consulterait le Congrès afin de voir ce qu'il est légalement possible de faire pour réduire la mainmise de l'Opep + sur le marché pétrolier mondial. Via la réactivation d'une loi américaine anti-cartel ?
6. Comment va évoluer le baril ?
Il n'est pas dit que le baril va rester à ce niveau dans les semaines à venir. Tout dépendra de l'évolution de la situation économique. Un nouveau ralentissement de l'activité en Chine pourrait même faire baisser les prix. Et les performances de l'économie chinoise sont difficiles à anticiper, en raison de sa politique zéro-covid.
